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Enjeux de société · Terrorisme et extrémismes violents

Terrorisme : comment les modes opératoires se réinventent

Loups solitaires, radicalisation de mineurs en ligne, drones au Sahel, IA générative : panorama factuel de l'évolution des modes opératoires terroristes en 2025-2026.

Par ISS7 avril 2026, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Patrouille de sécurité dans une rue commerçante européenne, vigilance antiterroriste.
Patrouille de sécurité dans une rue commerçante européenne, vigilance antiterroriste. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. Le Sahel concentre désormais plus de la moitié des morts du terrorisme dans le monde, selon le Global Terrorism Index 2025.
  2. En Occident, 93 % des attentats meurtriers des cinq dernières années ont été commis par des acteurs isolés.
  3. La radicalisation des mineurs explose : les enquêtes sur de jeunes suspects ont triplé depuis 2021.
  4. Les groupes jihadistes africains intègrent rapidement les drones commerciaux, parfois couplés à des outils d'IA hors ligne.
  5. Le financement passe de plus en plus par l'économie criminelle : rançons, orpaillage, taxation forcée, trafics.

Un adolescent qui se radicalise seul derrière son écran. Un drone commercial qui largue une charge sur une position militaire au Sahel. Une vidéo de propagande générée par intelligence artificielle, diffusée en six langues. Le terrorisme de 2026 ne ressemble plus à celui des grandes organisations hiérarchisées des années 2000. Il s’est fragmenté, déplacé, technologisé — et les réponses peinent à suivre.

Le centre de gravité a basculé vers le Sahel

La carte du terrorisme s’est redessinée. Selon le Global Terrorism Index 2025, publié par l’Institute for Economics & Peace, le Sahel concentre désormais plus de la moitié des morts du terrorisme dans le monde en 2024, avec un nombre de morts qui a été multiplié par près de dix depuis 20091. Cinq des dix pays les plus touchés de la planète se trouvent dans cette région1. Le Moyen-Orient, longtemps épicentre, a cédé la place à l’Afrique de l’Ouest.

L’État islamique reste l’organisation la plus meurtrière, responsable de 1 805 morts et présent dans 22 pays selon le même indice1. Mais le visage de la menace est moins celui d’un « califat » territorial que celui de réseaux dispersés et d’affiliés régionaux. Cette recomposition prolonge directement l’analyse de l’expansion jihadiste en Afrique.

En Occident, l’acteur isolé domine

À l’autre bout du spectre, l’Europe et l’Amérique du Nord font face à une menace d’une tout autre nature. Sur les cinq dernières années, 93 % des attentats meurtriers commis en Occident l’ont été par des acteurs isolés, sans rattachement opérationnel à une organisation1. Ces « loups solitaires » sont d’autant plus difficiles à intercepter qu’ils laissent peu de signaux avant de passer à l’acte. Le Global Terrorism Index 2025 souligne ce paradoxe : le terrorisme se diffuse géographiquement alors même que le nombre total d’attaques recule, l’Occident voyant la menace se déplacer vers ces individus isolés plutôt que vers des cellules structurées2.

La conséquence opérationnelle est lourde. Les services ne peuvent plus s’appuyer sur l’infiltration de réseaux ou l’interception de communications entre commanditaires et exécutants : il n’y a souvent ni l’un ni l’autre. La planification tient parfois en quelques jours, l’arme est rudimentaire — couteau, véhicule, arme à feu de circonstance — et la décision de passer à l’acte se prend en solitaire. Cette imprévisibilité déplace l’effort vers la détection des signaux faibles en amont, terrain où la prévention joue un rôle décisif.

Le phénomène le plus frappant est l’âge des protagonistes. Les enquêtes visant de jeunes suspects ont triplé depuis 2021, et au Royaume-Uni, les moins de 18 ans représentent désormais 42 % des arrestations antiterroristes1. Le rapport TE-SAT 2025 d’Europol confirme la tendance à l’échelle européenne : sur 449 personnes arrêtées pour des faits liés au terrorisme dans l’Union en 2024, 133 avaient entre 12 et 20 ans3. L’agence décrit des groupes de mineurs qui se mettent en réseau en ligne, se radicalisent ensemble et planifient des actions, certains administrant même des canaux de propagande ou exploitant des plateformes de jeu pour s’entraîner3.

La radicalisation s’est déplacée dans l’écran

Ce rajeunissement tient à un changement de canal. La radicalisation se déroule désormais largement en ligne, depuis le domicile, sans contact physique avec un recruteur. Les groupes ciblent en priorité des individus vulnérables — isolement social, fragilité psychologique, dépendance numérique3. Europol pointe aussi l’émergence de « communautés en ligne » qui normalisent la cruauté, extorquent leurs victimes et poussent à la violence3.

L’intelligence artificielle générative aggrave la donne. Selon Europol, elle est utilisée pour produire et diffuser propagande et discours de haine, via des grands modèles de langage et des deepfakes, afin de créer des contenus persuasifs et trompeurs, partagés en plusieurs langues et sur plusieurs plateformes pour maximiser leur portée3. Cette mécanique recoupe directement le rôle des réseaux sociaux dans le terrorisme et concerne tout autant les mouvances jihadistes que l’extrémisme violent d’ultradroite, qui partagent désormais les mêmes outils de diffusion.

Le drone, nouvel égalisateur tactique

Sur le terrain, l’innovation la plus visible est l’adoption du drone commercial. Les affiliés africains d’al-Qaïda et de l’État islamique ont rapidement intégré ces appareils pour larguer des explosifs et conduire des reconnaissances4. Le Soufan Center souligne que la barrière technique s’est effondrée : des drones grand public, couplés à des outils accessibles et à de l’IA fonctionnant hors ligne, suffisent désormais à produire des effets tactiques réels, avec une diffusion croissante du Mali au Burkina Faso et au Togo4.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, illustre cette montée en puissance. Ses assauts — prises de centres urbains, intensification de la propagande, attaques coordonnées — visent à éroder la confiance dans les forces de l’État, à doper le recrutement et à étendre ses opérations vers les pays côtiers du golfe de Guinée, notamment le Bénin et le Togo, pour sécuriser ses routes d’approvisionnement4.

L’enseignement stratégique est clair : des technologies civiles, bon marché et largement disponibles, donnent à des groupes irréguliers des capacités jadis réservées aux armées. Le drone permet le renseignement, le harcèlement et la frappe de précision, sans exposer l’opérateur. Couplé à des outils d’IA accessibles, il abaisse encore la barrière d’entrée, brouillant la frontière entre l’artisanal et le militaire. Cette diffusion oblige les forces de sécurité à repenser la protection de leurs propres positions, jusque-là conçues face à des menaces au sol.

Quand le terrorisme se confond avec le crime

Le financement, enfin, s’est largement criminalisé. Au Sahel, le JNIM agit comme un acteur économique impliqué dans des économies illicites : orpaillage artisanal, vol de bétail, taxation forcée, traite des êtres humains5. Les rançons restent un pilier : les Émirats arabes unis auraient versé plus de 20 millions de dollars pour obtenir la libération d’un prince émirati enlevé par le groupe, certaines sources évoquant un montant bien supérieur5. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime a d’ailleurs porté ce « nexus » entre terrorisme et criminalité organisée devant le G7 et le Processus d’Aqaba en 20256.

Cette imbrication brouille les frontières et complique la réponse, qui doit traiter simultanément le crime et l’idéologie. Elle est au cœur de la réflexion sur la concurrence et l’hybridation entre groupes criminels organisés et organisations terroristes, où le butin finance la cause autant que la cause justifie le butin.

Ce qu’il faudra surveiller

Le terrorisme de cette décennie tient en une tension : il se concentre géographiquement, au Sahel, tout en se diffusant idéologiquement, en ligne, jusque dans les chambres d’adolescents occidentaux. Cette double dynamique exige des réponses opposées — opérations de sécurité et de développement d’un côté, prévention, déradicalisation et régulation numérique de l’autre. Le signal le plus préoccupant à suivre n’est ni un attentat ni une carte, mais une courbe : celle de l’âge des personnes interpellées. Tant qu’elle baisse, c’est que la prévention perd la course contre les algorithmes de radicalisation. La maîtriser suppose d’agir là où se joue désormais l’essentiel de la bascule vers la violence : non plus dans les zones de guerre, mais dans les flux d’information que des mineurs consultent chaque jour.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Où le terrorisme est-il le plus meurtrier aujourd'hui ?

Au Sahel. Selon le Global Terrorism Index 2025, cette région concentre plus de la moitié des morts du terrorisme dans le monde en 2024, et le nombre de pays touchés augmente. Le foyer s'est largement déplacé du Moyen-Orient vers l'Afrique de l'Ouest, où le Burkina Faso paie le plus lourd tribut.

Qu'est-ce qu'un attentat de « loup solitaire » ?

Un acte commis par un individu isolé, sans appartenance opérationnelle à une organisation, mais souvent radicalisé en ligne. En Occident, ces acteurs ont commis 93 % des attentats meurtriers des cinq dernières années. Leur détection préventive est difficile, car ils laissent peu de traces avant de passer à l'acte.

Pourquoi tant de mineurs sont-ils impliqués ?

La radicalisation se fait désormais en ligne, depuis le domicile, via réseaux sociaux et plateformes de jeu. Europol a recensé 133 personnes de 12 à 20 ans parmi les 449 arrestations pour terrorisme dans l'UE en 2024. Les groupes ciblent des jeunes isolés ou fragiles, qui se radicalisent parfois ensemble, en réseau.

Comment les groupes terroristes se financent-ils ?

De plus en plus par l'économie criminelle. Au Sahel, le JNIM tire des revenus des rançons, de l'orpaillage artisanal, du vol de bétail, de la taxation forcée et des trafics. Les Émirats ont versé plus de 20 millions de dollars pour libérer un prince enlevé. La frontière entre crime organisé et terrorisme s'efface.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Institute for Economics & Peace, « Global Terrorism Index 2025 », Vision of Humanity, mars 2025. https://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2025/03/Global-Terrorism-Index-2025.pdf 2 3 4 5

  2. Institute for Economics & Peace, « Global Terrorism Index 2025: Terrorism Spreads as Lone Wolf Attacks Dominate the West », PR Newswire, mars 2025. https://www.prnewswire.com/news-releases/global-terrorism-index-2025-terrorism-spreads-as-lone-wolf-attacks-dominate-the-west-302389876.html

  3. Europol, « European Union Terrorism Situation and Trend Report 2025 (EU TE-SAT) », Europol, 24 juin 2025. https://www.europol.europa.eu/cms/sites/default/files/documents/EU_TE-SAT_2025.pdf 2 3 4 5

  4. The Soufan Center, « JNIM Expanding Geographic Reach and Staging Coordinated Attacks in the Sahel », The Soufan Center IntelBrief, 5 juin 2025. https://thesoufancenter.org/intelbrief-2025-june-5/ 2 3

  5. Africa Defense Forum, « JNIM Targets Wealthy Foreigners for Ransoms », ADF Magazine, décembre 2025. https://adf-magazine.com/2025/12/jnim-targets-wealthy-foreigners-for-ransoms/ 2

  6. UNODC, « UNODC Addresses the Nexus between Terrorism and Organized Crime at the G7 and Aqaba Process », UNODC, 2025. https://www.unodc.org/unodc/en/terrorism/latest-news/2025---unodc-addresses-the-nexus-between-terrorism-and-organized-crime-at-the-g7-and-aqaba-process.html

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