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Le grand écart d'Ankara entre l'Alliance et Moscou

Deuxième armée de l'OTAN, Ankara achète des S-400 russes, exporte ses drones et arbitre la mer Noire : anatomie d'une diplomatie d'équilibre sous Erdoğan.

Par ISS5 juin 2026Lecture 9 min
Drapeaux de la Turquie et de l'OTAN flottant côte à côte devant un ciel chargé, symbole de l'équilibre stratégique d'Ankara.
Drapeaux de la Turquie et de l'OTAN flottant côte à côte devant un ciel chargé, symbole de l'équilibre stratégique d'Ankara. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. La Turquie aligne la deuxième armée de l'OTAN — plus de 355 000 soldats d'active — tout en menant la diplomatie la plus indépendante de l'Alliance.
  2. L'achat des S-400 russes lui a valu en 2019 son exclusion du programme F-35 et des sanctions américaines ; un retour se négocie en 2025-2026 mais bute toujours sur la condition du retrait du système russe.
  3. Ankara s'est bâti une industrie de défense autonome — drones Baykar, chasseur KAAN, Eurofighter britanniques — pour ne plus dépendre d'un seul fournisseur.
  4. Verrou des détroits via la convention de Montreux, hôte des pourparlers russo-ukrainiens, partenaire énergétique de Moscou : la mer Noire est le théâtre de son grand écart.
  5. Après la chute d'Assad, Ankara est devenue l'acteur extérieur dominant en Syrie, au risque de heurter Washington, Israël et les Kurdes.

Deuxième armée de l’Alliance atlantique, et pourtant son membre le plus rétif. La Turquie possède plus de 355 000 soldats d’active, juste derrière les États-Unis, le deuxième parc de chars de l’OTAN et un contingent envoyé sur presque toutes ses missions1. Mais c’est aussi le seul allié qui a acheté un système de défense antiaérienne russe, qui héberge les négociateurs de Vladimir Poutine et de Volodymyr Zelensky autour d’une même table, et qui a déposé une candidature aux BRICS. Sous Recep Tayyip Erdoğan, Ankara a transformé sa position de pivot entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Caucase en une doctrine assumée : ne renoncer à aucun camp pour mieux peser sur chacun.

L’allié indispensable que Washington ne contrôle plus

Sur le papier, la Turquie est un pilier de l’Alliance. Elle garde son flanc sud-est, surveille les détroits qui relient la Méditerranée à la mer Noire et dispose d’une industrie de défense en pleine expansion — plus de 3 500 entreprises, davantage que les vingt-neuf autres membres européens réunis selon les chiffres relayés par TRT World, télévision publique turque1. L’organisation, par la voix de son ancien secrétaire général, salue régulièrement des « capacités turques solides » qui « renforcent une OTAN solide »2.

Mais l’allié est devenu imprévisible. Ankara a fait durer deux ans le blocage de l’adhésion de la Suède, n’accordant sa ratification que le 23 janvier 2024, par 287 voix contre 55. Le président turc avait lié ce feu vert à l’approbation par le Congrès américain d’une vente de quarante chasseurs F-16 — un marchandage que la Maison-Blanche a toujours refusé d’admettre formellement, mais que plusieurs élus assumaient à demi-mot3. La transaction résume la relation : transactionnelle, tendue, mais jamais rompue.

Les S-400 russes, péché originel d’une rupture jamais soldée

Le point de friction le plus durable porte un nom : S-400. En achetant à Moscou ce système antiaérien de pointe, livré à partir de 2019, Ankara a déclenché une crise majeure avec son allié américain. Washington l’a aussitôt exclue du programme du chasseur furtif F-35 — dont la Turquie était pourtant coproductrice — et l’a sanctionnée au titre de la loi CAATSA, gelant les licences d’exportation vers son agence d’armement, la SSB. Le motif invoqué : un radar russe braqué sur l’avion furtif risquait d’en livrer la signature à Moscou.

Sept ans plus tard, le dossier n’est toujours pas clos, mais il bouge. Fin 2025, Washington signalait des progrès dans les pourparlers, qualifiés par les deux parties de « conversations les plus fructueuses depuis près d’une décennie » ; la loi américaine reste néanmoins intraitable, exigeant qu’Ankara retire l’intégralité des équipements S-400 et s’engage à ne jamais en racheter avant tout transfert de F-354. L’administration Trump explore donc un contournement consistant à déclarer le système russe « inopérant » en lui ôtant un composant — une rustine que des analystes du laboratoire d’idées conservateur American Enterprise Institute jugent dangereuse, l’Iran ou la Corée du Nord pouvant l’invoquer pour « désactiver » temporairement leurs propres systèmes4. Israël et la Grèce s’opposent par ailleurs à tout retour turc dans le programme.

Drones, KAAN, Eurofighter : la quête d’une défense sans tutelle

La leçon des S-400 et du F-35, Ankara l’a tirée à sa façon : ne plus jamais dépendre d’un fournisseur unique. C’est le sens de son industrie de défense devenue vitrine nationale. Le groupe Baykar, fabricant des drones Bayraktar, a engrangé 2,2 milliards de dollars d’exportations en 2025 et signé des accords avec trente-sept pays, dont six alliés de l’OTAN ; sur les onze premiers mois de l’année, l’ensemble des ventes turques de défense et d’aérospatiale ont atteint 7,4 milliards de dollars, en hausse de 30 %5. Le Bayraktar TB2, éprouvé en Ukraine, au Karabakh et en Libye, est devenu un instrument d’influence à part entière.

Pour son aviation de chasse, Ankara joue désormais sur tous les tableaux. En attendant son chasseur national de cinquième génération, le KAAN, attendu vers 2028, elle a signé le 27 octobre 2025 avec Londres une commande de vingt Eurofighter Typhoon pour 10,7 milliards de dollars — le plus gros contrat d’exportation de chasseurs « depuis une génération », après le déblocage d’un veto allemand de plus de deux ans lié aux droits humains6. Solution de transition « la meilleure disponible, pas la meilleure possible », tranche un expert de l’Atlantic Council, laboratoire d’idées atlantiste6. Le message reste limpide : la Turquie s’équipera, F-35 ou pas.

La mer Noire, échiquier du grand écart

Nulle part le double jeu d’Ankara n’est plus visible qu’en mer Noire. Dès février 2022, invoquant l’article 19 de la convention de Montreux, elle a fermé ses détroits aux navires de guerre des belligérants — seulement la deuxième décision de ce type depuis la Seconde Guerre mondiale, qui empêche Moscou comme Kiev de renforcer leurs flottes7. Ce verrou fait de la Turquie l’arbitre d’un espace stratégique majeur, et un futur garant incontournable de tout règlement. Le centre de réflexion britannique Chatham House résume cette posture par une formule : entre Moscou et Ankara règnent à la fois « compétition, coopération et contre-équilibrage »8.

Cet équilibre se lit aussi dans la médiation. Istanbul a accueilli depuis 2022 plusieurs rounds de pourparlers directs russo-ukrainiens et facilité huit échanges de prisonniers d’envergure — sans pour autant débloquer un cessez-le-feu7. Le Carnegie Endowment, institution américaine de référence, observe qu’Ankara « revendique sa place » dans le processus de paix, soucieuse de n’être ni écartée par les grandes puissances ni desservie par un accord trop favorable à la Russie9. Car un règlement aurait un revers paradoxal : si Ankara levait alors les restrictions de Montreux, la marine russe pourrait de nouveau affluer en mer Noire.

L’ambiguïté tient à ce qu’Ankara reste, économiquement, un partenaire majeur de Moscou. Selon l’agence d’État russe TASS, les exportations de gaz russe vers l’Europe via le gazoduc TurkStream ont atteint un record de 18 milliards de mètres cubes en 2025, et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov vantait début 2025 des « bases sérieuses » pour de nouveaux projets nucléaires communs — la centrale d’Akkuyu, construite par Moscou, en étant la pièce maîtresse10. Vendre des drones à Kiev et acheter du gaz et du nucléaire à Moscou : tel est le grand écart turc. Notre analyse de la relation stratégique entre la Russie et la Turquie détaille les ressorts de cette interdépendance, où chaque camp ménage l’autre sans jamais s’y lier.

Égée, Méditerranée orientale : la friction permanente avec l’Europe

Vers l’ouest, le tableau est plus aigre. Avec la Grèce, voisine et alliée au sein de l’OTAN, les contentieux s’accumulent : délimitation des eaux territoriales en mer Égée, plateaux continentaux et zones économiques exclusives en Méditerranée orientale, Chypre. La doctrine turque de la « Patrie bleue », qui revendique de vastes espaces maritimes, continue d’empoisonner la relation, comme le souligne la presse grecque11.

Une détente prudente est pourtant à l’œuvre depuis la visite d’Erdoğan à Athènes fin 2023 et la déclaration d’amitié qui s’en est suivie. Les deux capitales multiplient les mesures de confiance — facilités de visa pour les îles de l’Égée, dialogue militaire en 202511. Mais le rapprochement reste fragile : des F-16 turcs armés ont pénétré la région d’information de vol d’Athènes en septembre 2025, une première depuis plus de deux ans. Côté européen, l’adhésion de la Turquie à l’UE est gelée de longue date, et Ankara assume désormais de chercher ailleurs ses leviers — d’où sa candidature aux BRICS, lue par le Wilson Center comme un « numéro d’équilibriste » destiné à diversifier ses partenariats et à accroître son poids de négociation face à l’Occident, sans rompre avec lui12.

La Syrie, terrain où Ankara encaisse les dividendes

La chute de Bachar al-Assad, fin 2024, a offert à la Turquie son gain géopolitique le plus net. Parrain de longue date de l’opposition, Ankara est devenue l’acteur extérieur dominant à Damas. En août 2025, les deux gouvernements ont signé un accord de coopération militaire ; Ankara lorgne des bases aériennes en Syrie centrale et veut peser sur la reconstruction du pays, selon la fondation américaine FDD, proche des positions de fermeté envers l’Iran13.

Les arrière-pensées sont multiples : favoriser le retour des réfugiés syriens, empêcher toute autonomie kurde le long de sa frontière, contenir l’Iran, Israël et la Russie. À l’automne 2025, l’armée du nouveau pouvoir syrien a mené des opérations contre les Forces démocratiques syriennes, à dominante kurde, des affrontements clos par une médiation américaine13. Ce dossier expose toutefois Ankara à un face-à-face délicat avec Washington, allié historique des Kurdes, et avec Israël. La trajectoire de cette nouvelle équation est explorée dans nos articles sur l’évolution des relations entre la Syrie et la Turquie et sur l’impact de la chute d’Assad sur la sécurité régionale. Avec Téhéran, rival régional autant que partenaire commercial, le jeu obéit à la même logique d’ambiguïté que décrit notre étude de la relation Iran-Turquie.

Une autonomie qui a un prix

L’équilibrisme turc n’est ni du neutralisme ni un basculement vers l’Est. Le Center for Strategic and International Studies, institut washingtonien de référence, parle d’une « ambiguïté stratégique » : Ankara « façonne et est façonnée » par un monde devenu multipolaire, jouant ses cartes occidentales et orientales à la fois14. La presse spécialisée turque évoque, elle, une année 2025 de « consolidation » plutôt que de rupture : une diplomatie plus structurée, plus prévisible dans sa logique, même si ses résultats demeurent incertains15.

Reste que cette autonomie a un coût. Elle nourrit la défiance des alliés, expose la Turquie à des sanctions, et la place en porte-à-faux chaque fois qu’un dossier — F-35, mer Noire, Syrie — force à choisir. Le signal à surveiller est simple : le sort des S-400. Si Ankara consent à les neutraliser pour réintégrer le club du F-35, ce sera le signe que l’arrimage occidental pèse encore plus lourd que l’indépendance affichée. Si elle s’y refuse, le grand écart se fera, un peu plus, écart tout court.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Pourquoi la Turquie a-t-elle été exclue du programme F-35 ?

En 2019, Washington a écarté Ankara du chasseur furtif F-35 et l'a sanctionnée après l'achat du système antiaérien russe S-400, jugé incompatible avec l'avion et susceptible de transmettre des données sensibles à Moscou. Un retour se négocie en 2025-2026, mais la loi américaine exige d'abord le retrait complet des S-400.

La Turquie reste-t-elle un membre fiable de l'OTAN ?

Elle aligne la deuxième armée de l'Alliance et contrôle des détroits stratégiques, mais mène une diplomatie d'équilibre : achats russes, partenariat énergétique avec Moscou, candidature aux BRICS. Pour Ankara, l'OTAN reste le socle de sa sécurité ; les alliés s'inquiètent toutefois de son imprévisibilité.

Quel rôle joue la Turquie dans la guerre en Ukraine ?

Ankara a fermé les détroits aux navires de guerre des belligérants dès 2022, vendu des drones Bayraktar à Kiev tout en maintenant ses liens avec Moscou, et hébergé plusieurs rounds de pourparlers russo-ukrainiens à Istanbul. Elle se pose en médiateur incontournable et en futur garant de tout règlement en mer Noire.

Que cherche Ankara en Syrie après la chute d'Assad ?

Devenue l'acteur extérieur dominant à Damas fin 2024, la Turquie veut empêcher une autonomie kurde à sa frontière, favoriser le retour des réfugiés syriens, peser sur la reconstruction et contenir l'influence d'Israël, de l'Iran et de la Russie. Un accord de coopération militaire a été signé en août 2025.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. World En.tempo.co, « Top 10 NATO Countries with the Largest Armed Forces », Tempo, 2025. https://en.tempo.co/read/1952401/top-10-nato-countries-with-the-largest-armed-forces — et TRT World, « Türkiye marks 74 years in NATO with growing defence industry », TRT World, 2026. https://www.trtworld.com/article/1c9e9e92ff8f 2

  2. OTAN, « Secretary General in Türkiye: Strong Turkish defence capabilities contribute to a strong NATO », NATO News, 25 novembre 2024. https://www.nato.int/en/news-and-events/articles/news/2024/11/25/secretary-general-in-turkiye-strong-turkish-defence-capabilities-contribute-to-a-strong-nato

  3. Foundation for Defense of Democracies, « Turkey’s Parliament Ratifies Sweden’s NATO Application », FDD, 25 janvier 2024. https://www.fdd.org/analysis/2024/01/25/turkeys-parliament-ratifies-swedens-nato-application/

  4. Turkish Minute, « US signals progress in F-35 talks but insists Turkey drop Russian S-400 system », Turkish Minute, 10 décembre 2025. https://www.turkishminute.com/2025/12/10/us-signals-progress-in-f-35-talks-but-insists-turkey-drop-russian-s-400-system/ — et American Enterprise Institute, « Scoop: Turkey to Declare S-400 ‘Inoperable’ to Gain F-35 Stealth Fighter Deal », AEI, 2025. https://www.aei.org/op-eds/scoop-turkey-to-declare-s-400-inoperable-to-gain-f-35-stealth-fighter-deal/ 2

  5. Turkish Minute, « Turkey says defense, aerospace exports rose 31 pct to $6.7 billion in first 10 months of 2025 », Turkish Minute, 5 novembre 2025. https://turkishminute.com/2025/11/05/turkey-says-defense-aerospace-exports-rose-31-pct-to-6-7-billion-in-first-10-months-of-2025/

  6. Atlantic Council, « Turkey’s Eurofighter stopgap: The best available, not the best possible », Atlantic Council, 2025. https://www.atlanticcouncil.org/blogs/turkeysource/turkeys-eurofighter-stopgap-the-best-available-not-the-best-possible/ 2

  7. War on the Rocks, « The Montreux Paradox: How a Ukraine Ceasefire Could Set the Stage for Escalation in the Black Sea », War on the Rocks, 2025. https://warontherocks.com/the-montreux-paradox-how-a-ukraine-ceasefire-could-set-the-stage-for-escalation-in-the-black-sea/ — et PBS News, « Ukraine and Russia quickly end their latest round of direct peace talks in Istanbul », PBS News, 2025. https://www.pbs.org/newshour/world/ukraine-and-russia-quickly-end-their-latest-round-of-direct-peace-talks-in-istanbul 2

  8. Chatham House, « Understanding Russia’s Black Sea strategy — Russia–Turkey competition, cooperation and counterbalancing », Chatham House, juillet 2025. https://www.chathamhouse.org/2025/07/understanding-russias-black-sea-strategy/05-russia-turkey-competition-cooperation-and

  9. Carnegie Endowment for International Peace, « Turkey Stakes its Claim in the Ukraine Peace Process », Carnegie Europe, novembre 2025. https://carnegieendowment.org/europe/strategic-europe/2025/11/turkey-stakes-its-claim-in-the-ukraine-peace-process

  10. TASS, « Russian gas exports to Europe via TurkStream pipeline reach record levels in 2025 », TASS, 2025. https://tass.com/economy/2067605

  11. Greek City Times, « Turkey’s “Blue Homeland” Ambitions Undermine Greece-Turkey Rapprochement », Greek City Times, 15 février 2025. https://greekcitytimes.com/2025/02/15/turkeys-blue-homeland-ambitions-undermine-greece-turkey-rapprochement/ 2

  12. Wilson Center, « Turkey’s Balancing Act: Navigating NATO, BRICS, and Other Global Partnerships », Wilson Center, 2025. https://www.wilsoncenter.org/article/turkeys-balancing-act-navigating-nato-brics-and-other-global-partnerships

  13. Foundation for Defense of Democracies, « Turkey’s Rising Influence in Post-Assad Syria », FDD, 10 avril 2025. https://www.fdd.org/analysis/policy_briefs/2025/04/10/turkeys-rising-influence-in-post-assad-syria/ 2

  14. CSIS, « Strategic Ambiguity: Erdoğan’s Turkey in a Multipolar World », Center for Strategic and International Studies, 2025. https://www.csis.org/analysis/strategic-ambiguity-erdogans-turkey-multipolar-world

  15. Turkey recap, « Op-ed: Hedging defined Turkish foreign policy in 2025. Next year may require a new approach », Turkey recap, 2025. https://www.turkeyrecap.com/p/op-ed-hedging-defined-turkish-foreign

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