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Géopolitique & États · Guinée

Doumbouya président : la promesse rompue d'un chef de junte

Élu à 86,72 % le 28 décembre 2025, le général Mamadi Doumbouya a renié son serment de 2021 et bouclé une transition que l'opposition dit confisquée.

Par ISS5 juin 2026Lecture 11 min
Le général Mamadi Doumbouya en tenue militaire lors d'une cérémonie officielle, drapeau guinéen en arrière-plan.
Le général Mamadi Doumbouya en tenue militaire lors d'une cérémonie officielle, drapeau guinéen en arrière-plan. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. Le 28 décembre 2025, le général Mamadi Doumbouya a remporté dès le premier tour la présidentielle guinéenne avec 86,72 % des voix, un score confirmé par la Cour suprême le 5 janvier 2026.
  2. Quatre ans plus tôt, la charte de la transition qu'il avait promulguée interdisait aux membres de la junte de se porter candidats ; un référendum approuvé à 89,38 % en septembre 2025 a effacé cet interdit.
  3. L'opposition réelle était hors jeu : partis dissous, leaders en exil, militants disparus, ce que dénoncent Amnesty International et Human Rights Watch.
  4. Conakry oppose à ce procès le récit d'une « refondation » plébiscitée et le méga-projet minier « Simandou 2040 », promesse de prospérité.
  5. La trajectoire guinéenne, contrairement aux ruptures sahéliennes, reste arrimée à la CEDEAO, qui a levé ses dernières sanctions en janvier 2026.

Le 28 décembre 2025, les Guinéens ont voté. Trois jours plus tard, la Direction générale des élections proclamait le vainqueur : le général Mamadi Doumbouya, président de la transition et chef des armées, élu dès le premier tour avec 86,72 % des suffrages valablement exprimés.12 Le 5 janvier 2026, la Cour suprême confirmait le chiffre, écartant toute idée de second tour.3 Sur le papier, c’est un triomphe. Dans les faits, c’est l’aboutissement d’une bascule annoncée : celle d’un officier qui, quatre ans plus tôt, avait juré la main sur le cœur qu’il ne briguerait jamais ce fauteuil. Entre le serment de septembre 2021 et le bulletin de décembre 2025, toute une transition s’est jouée — et, pour ses détracteurs, s’est confisquée.

Du serment de 2021 au reniement de 2025

Le 5 septembre 2021, le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya, ancien légionnaire revenu au pays pour prendre la tête du Groupement des forces spéciales, renverse Alpha Condé. Le vieux président, premier dirigeant démocratiquement élu de l’histoire du pays en 2010, venait de s’offrir un troisième mandat à la faveur d’une révision constitutionnelle contestée. La rue, épuisée par la répression, accueille d’abord les putschistes avec soulagement. Doumbouya se pose en redresseur de torts, promet de moraliser la vie publique et, surtout, fait promulguer une charte de la transition limpide sur un point : ni le président de la transition, ni les membres du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) ne pourront se présenter aux élections marquant la fin du processus. L’article 46 est sans ambiguïté, et le texte précise qu’aucune révision n’est possible.4

Quatre ans plus tard, cet article a disparu. Le 28 décembre, le même homme qui avait inscrit l’interdit dans le marbre se faisait élire chef de l’État. Pour réussir ce que Jeune Afrique a appelé son « pari », il aura fallu un instrument : une nouvelle Constitution, taillée pour effacer le verrou.5 L’opposition, elle, n’a qu’un mot pour qualifier le geste : « parjure ».6

Le référendum, ou comment effacer un interdit

Tout s’est joué à l’automne 2025. Les 21, 22 et 23 septembre, les Guinéens étaient appelés à se prononcer sur un projet de Constitution censé clore la transition et organiser le « retour à l’ordre constitutionnel ». Le résultat, proclamé par le ministre de l’Administration du territoire, ne souffre aucune contestation arithmétique : 89,38 % de « oui », 10,62 % de « non », pour une participation annoncée à 86,42 %.7 La France 24 souligne la « forte mobilisation » revendiquée par les autorités.8

Le contenu du texte importe autant que le score. La nouvelle loi fondamentale remplace explicitement la charte de la transition — donc l’interdit de l’article 46 — et porte le mandat présidentiel de cinq à sept ans.8 En un seul scrutin, l’obstacle juridique à la candidature de Doumbouya est levé, et la durée du pouvoir présidentiel allongée de deux ans. L’opposition en exil, Cellou Dalein Diallo en tête, avait appelé au boycott, dénonçant une opération de légitimation déguisée. Le pouvoir, lui, a vu dans cette adhésion massive la preuve d’un soutien populaire. Reste que dans un pays où l’espace civique se rétrécit, le sens d’un plébiscite à près de 90 % se lit moins dans le chiffre que dans le contexte qui l’a produit. Ce mécanisme — un référendum constitutionnel qui déverrouille la candidature d’un militaire au pouvoir — n’a rien d’inédit dans la région, et nourrit l’instabilité croissante au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Une élection sans adversaires

Un scrutin se juge à la qualité de la concurrence autant qu’au décompte final. Or, le 28 décembre, Doumbouya n’avait devant lui aucun rival de premier plan. Les deux candidats les mieux placés derrière lui, Abdoulaye Yero Baldé et Faya Lansana Millimouno, ont recueilli respectivement 6,59 % et 2,04 % des voix.1 Huit challengers en tout, mais aucun poids lourd : le champ avait été méthodiquement déblayé.

Car les figures susceptibles de peser étaient hors jeu. Cellou Dalein Diallo, qui revendiquait 43,76 % des voix en 2010, vit en exil ; Sidya Touré aussi, désormais frappé par une limite d’âge inscrite dans la nouvelle Constitution. Surtout, les trois principales formations d’opposition ont été neutralisées : le RPG d’Alpha Condé suspendu en mars 2025, l’UFDG de Diallo en août, puis l’UFR — avant que le gouvernement n’annonce la dissolution pure et simple de 40 partis politiques.9 Diallo y a vu la confirmation d’un calcul : « ces trois partis sont éliminés parce que le régime ne peut tolérer la compétition politique », a-t-il accusé, parlant d’une « dictature ».10 Quand l’adversaire est dissous ou exilé, le plébiscite perd de sa superbe.

Foniké Menguè, Billo Bah et les autres : le coût humain de la transition

Derrière les chiffres électoraux, il y a des noms et des absences. Le plus lourd silence est celui d’Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, figure du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), et de Mamadou Billo Bah : enlevés à leur domicile en juillet 2024, ils demeurent introuvables. Un an plus tard, Amnesty International dénonçait un « climat de terreur » et la multiplication des enlèvements visant militants et journalistes.11 Human Rights Watch, le 9 juillet 2025, rappelait que les deux hommes restaient portés disparus, les autorités niant toute responsabilité et refusant de révéler leur sort.12

Le FNDC, ce collectif qui avait porté la contestation contre le troisième mandat d’Alpha Condé, avait lui-même été dissous dès août 2022. Depuis, la liste des cas documentés s’allonge : le journaliste Habib Marouane Camara, enlevé en décembre 2024 par des hommes identifiés comme des gendarmes ; l’avocat Mohamed Traoré, ancien bâtonnier, enlevé en juin 2025 puis, selon Amnesty, torturé et menacé de mort.11 Amnesty range la Guinée dans un schéma régional : au Mali, au Niger, au Burkina Faso comme à Conakry, les disparitions forcées sont devenues un outil de gouvernement pour réduire au silence les voix dissonantes.11 Ce continuum autoritaire éclaire les ressorts profonds de l’évolution des conflits en Afrique et des stratégies internationales pour contenir l’instabilité régionale.

« Refondation » contre confiscation : deux récits irréconciliables

Face à ce procès, le pouvoir guinéen oppose un contre-récit cohérent. Le 17 janvier 2026, Doumbouya est investi au stade de Nongo, à Conakry, devant plusieurs chefs d’État africains — dont le général Assimi Goïta, homme fort du Mali. Le nouveau président y déroule sa promesse : « Simandou 2040 », méga-programme adossé au gisement de fer de Simandou et à la rente de la bauxite, dont le pays est l’un des premiers producteurs mondiaux. L’ambition affichée : sortir de la simple extraction pour transformer localement les minerais et bâtir une « prospérité partagée ».13 Le récit du pouvoir tient en trois mots : refondation, stabilité, développement. Une transition menée à son terme, un scrutin organisé avec campagne et observateurs, une légitimité scellée par les urnes.

Le récit adverse est rigoureusement inverse. Pour les Forces vives de Guinée, coalition qui a pris le relais du FNDC, l’élection n’est qu’« une nouvelle tentative de légitimation du pouvoir issu du coup d’État de septembre 2021 », sans transparence ni concurrence réelle.14 Le pays, disent-elles, vit sous un « climat de terreur » fait de disparitions, d’arrestations arbitraires et d’assassinats ciblés. La même coalition appellera au boycott des élections législatives et communales du 31 mai 2026, qu’elle qualifie de « troisième mascarade électorale ».14 Entre la « refondation » brandie au stade de Nongo et la « confiscation » dénoncée par l’opposition et les ONG, il n’existe aucun terrain d’entente : ce sont deux lectures incompatibles d’un même fait.

La Guinée dans la vague des coups : un cas à part dans le giron de la CEDEAO

Reste à situer Conakry dans le paysage régional. Depuis 2020, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel ont vu se multiplier les putschs — Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée — au point de faire de la prise du pouvoir par les armes une norme inquiétante. Mais la trajectoire guinéenne se distingue. Là où Bamako, Ouagadougou et Niamey ont défié frontalement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest avant de la quitter pour fonder l’Alliance des États du Sahel, Doumbouya a choisi de rester dans le jeu. Il a maintenu le dialogue, accepté une mission d’observation, organisé un vote.

Ce pragmatisme a payé. Le 28 janvier 2026, la CEDEAO levait l’ensemble de ses sanctions résiduelles contre la Guinée, actant son « retour à l’ordre constitutionnel ».15 Conakry échappe ainsi à l’isolement diplomatique qui frappe ses voisins sahéliens — un isolement dans lequel s’est engouffrée l’influence russe en Afrique, tandis que le vide sécuritaire alimente l’expansion jihadiste sur le continent. La nuance compte : sur la forme, la Guinée a sauvé les apparences institutionnelles que les régimes de l’AES ont assumé de piétiner.

Mais la forme suffit-elle ? La CEDEAO elle-même conditionne sa reconnaissance à des « progrès tangibles » en matière de gouvernance, qui tardent à venir. L’élection d’un putschiste à 86,72 %, après un référendum sur mesure et l’élimination de toute opposition crédible, ressemble moins à une rupture avec la vague des coups qu’à sa version policée. Pour la Guinée comme pour la région, l’enjeu des prochains mois — à commencer par le double scrutin boycotté du 31 mai 2026 et la composition d’une Assemblée acquise au pouvoir — dira si la « refondation » accouche d’institutions ou d’un simple habillage civil de l’ordre militaire. La même question hante l’ensemble du sous-continent à l’horizon des prochaines années, comme le montre l’analyse des dynamiques de l’Afrique subsaharienne en 2026.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel score Mamadi Doumbouya a-t-il obtenu et la participation a-t-elle été vérifiée ?

La Direction générale des élections a crédité Doumbouya de 86,72 % des suffrages valablement exprimés au premier tour du scrutin du 28 décembre 2025, résultat confirmé par la Cour suprême le 5 janvier 2026. La participation officielle s'établit à 80,95 %, un chiffre contesté par l'opposition qui a relevé une affluence ténue à Conakry.

Doumbouya avait-il vraiment promis de ne pas se présenter ?

Oui. La charte de la transition promulguée après le coup d'État de septembre 2021 interdisait au président et aux membres du Comité national du rassemblement pour le développement de concourir aux élections de fin de transition (article 46). Cet engagement a été effacé par la nouvelle Constitution adoptée par référendum en septembre 2025, ce que l'opposition qualifie de « parjure ».

Comment le référendum de 2025 a-t-il ouvert la voie à sa candidature ?

Approuvé à 89,38 % le 23 septembre 2025, le texte a remplacé la charte de la transition, supprimé l'interdit visant les militaires et porté le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Il a ainsi levé l'obstacle juridique à la candidature du chef de l'État.

Pourquoi parle-t-on d'une élection sans réelle concurrence ?

Les principales figures d'opposition étaient écartées : Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré en exil, ce dernier également frappé par une limite d'âge, les partis RPG, UFDG et UFR suspendus puis 40 formations dissoutes. Face à Doumbouya, huit candidats secondaires, le mieux placé recueillant 6,59 %.

La Guinée suit-elle la même trajectoire que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ?

En partie seulement. Comme ces régimes nés de putschs, Conakry a vu un militaire se maintenir au pouvoir. Mais la Guinée a organisé un scrutin et est restée dans le giron de la CEDEAO, qui a levé ses sanctions en janvier 2026, là où les trois États sahéliens ont quitté l'organisation pour fonder l'Alliance des États du Sahel.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Al Jazeera, « Guinea coup leader Mamady Doumbouya wins presidential election », Al Jazeera, 30 décembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/12/30/guinea-coup-leader-mamdi-doumbouya-wins-presidential-election 2

  2. Africa24 TV, « Guinée - Présidentielle 2025 : Mamadi Doumbouya élu avec 86,72 % des voix lors du scrutin », Africa24 TV, décembre 2025. https://africa24tv.com/guinee-presidentielle-2025-mamadi-doumbouya-elu-avec-8672-des-voix-lors-du-scrutin

  3. Anadolu Ajansı, « Guinée/ Présidentielle : La Cour suprême confirme la victoire de Mamady Doumbouya », Agence Anadolu, janvier 2026. https://www.aa.com.tr/fr/afrique/guin%C3%A9e-pr%C3%A9sidentielle-la-cour-supr%C3%AAme-confirme-la-victoire-de-mamady-doumbouya/3789749

  4. Franceinfo, « Guinée : la “charte de la transition” interdit au chef de la junte de se présenter aux prochaines élections », Franceinfo Afrique, 2021. https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/guinee/guinee-la-charte-de-la-transition-interdit-au-chef-de-la-junte-de-se-presenter-aux-prochaines-elections_4787649.html

  5. Jeune Afrique, « Présidentielle en Guinée : le pari réussi de Mamadi Doumbouya », Jeune Afrique, décembre 2025. https://www.jeuneafrique.com/1753044/politique/presidentielle-en-guinee-le-pari-reussi-de-mamadi-doumbouya/

  6. Guineematin, « Les Forces vives de Guinée “rejettent avec la plus grande fermeté” la candidature du président Doumbouya », Guineematin, 3 novembre 2025. https://guineematin.com/2025/11/03/les-forces-vives-de-guinee-rejettent-avec-la-plus-grande-fermete-la-candidature-du-president-doumbouya/

  7. Guinéenews, « Guinée : le projet de nouvelle Constitution provisoirement adopté avec 89,38 % des voix (officiel) », Guinéenews, 24 septembre 2025. https://guineenews.org/2025/09/24/guinee-le-projet-de-nouvelle-constitution-provisoirement-adopte-avec-8938-des-voix-officiel/

  8. France 24, « Référendum en Guinée : la nouvelle Constitution largement adoptée avec une forte participation », France 24, 24 septembre 2025. https://www.france24.com/fr/afrique/20250924-r%C3%A9f%C3%A9rendum-guin%C3%A9ens-approuvent-nouvelle-constitution-visant-fin-transition-junte-referendum-guinee 2

  9. Jeune Afrique, « Le gouvernement guinéen dissout 40 partis, dont les trois plus importants d’opposition », Jeune Afrique, 2025. https://www.jeuneafrique.com/1772168/politique/le-gouvernement-guineen-dissout-40-partis-dont-les-trois-plus-importants-dopposition/

  10. Vision Guinée, « Dissolution de 40 partis : Cellou Dalein Diallo dénonce une “dictature sanglante en Guinée” », Vision Guinée, 2025. https://www.visionguinee.info/dissolution-de-40-partis-cellou-dalein-diallo-denonce-une-dictature-sanglante-en-guinee/

  11. Amnesty International, « Guinea: One year after the enforced disappearance of FNDC activists, abductions increase in a “climate of terror” », Amnesty International, 8 juillet 2025. https://www.amnesty.org/en/latest/news/2025/07/guinea-enforced-disappearance/ 2 3

  12. Human Rights Watch, « A Year On, Guinean Activists Still Missing », Human Rights Watch, 9 juillet 2025. https://www.hrw.org/news/2025/07/09/a-year-on-guinean-activists-still-missing

  13. Guinéenews, « Investiture de Mamadi Doumbouya : “Simandou 2040”, le serment d’un nouveau destin pour la Guinée », Guinéenews, 17 janvier 2026. https://guineenews.org/2026/01/17/investiture-de-mamadi-doumbouya-simandou-2040-le-serment-dun-nouveau-destin-pour-la-guinee/

  14. Vision Guinée, « Scrutin du 31 mai : les Forces vives de Guinée appellent au boycott et dénoncent une “troisième mascarade électorale” », Vision Guinée, mai 2026. https://www.visionguinee.info/scrutin-du-31-mai-les-forces-vives-de-guinee-appellent-au-boycott-et-denoncent-une-troisieme-mascarade-electorale/ 2

  15. Africa Presse, « La Cédéao lève toutes ses sanctions contre la Guinée de Mamadi Doumbouya après l’élection présidentielle », Africa Presse, 28 janvier 2026. https://africapresse.com/la-cedeao-leve-toutes-ses-sanctions-contre-la-guinee-de-mamadi-doumbouya-apres-lelection-presidentielle/

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