La reconnaissance de l'État palestinien : pari diplomatique au Proche-Orient
Le 22 septembre 2025, Macron officialise la reconnaissance de la Palestine à l'ONU dans un front occidental inédit. Victoire symbolique ou impuissance sur le terrain ?

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À retenir
- Le 22 septembre 2025, Emmanuel Macron annonce la reconnaissance officielle de l'État de Palestine à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, lors d'un sommet co-présidé avec l'Arabie saoudite.
- La France est rejointe le même jour par la Belgique, le Luxembourg, Malte, Monaco, Andorre et Saint-Marin ; la veille, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et le Portugal avaient franchi le pas.
- Au total, onze pays occidentaux s'ajoutent en deux jours à la liste des États reconnaissants, portant le total à 158 États membres de l'ONU sur 193.
- Paris conditionne son soutien à des réformes de l'Autorité palestinienne, notamment l'organisation d'élections législatives et présidentielle en 2026 sans participation du Hamas, et crée un comité conjoint franco-palestinien pour la consolidation de l'État.
- Pour The Conversation, cette reconnaissance, aussi symboliquement puissante soit-elle, 'ne modifiera rien sur le terrain' tant que les paramètres politiques et sécuritaires n'auront pas changé.
Vers 21h30, heure de Paris, le lundi 22 septembre 2025, Emmanuel Macron prend la parole à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies et prononce les mots attendus depuis des décennies par les partisans de la cause palestinienne : la France reconnaît officiellement l’État de Palestine1. L’annonce, retardée de plusieurs mois en raison de l’escalade militaire entre Israël et l’Iran, survient dans un cadre soigneusement orchestré — un sommet de haut niveau co-présidé par Paris et Riyad — et entraîne dans son sillage dix autres pays occidentaux en moins de quarante-huit heures2. Victoire diplomatique ou geste symbolique sans lendemain ? La question traverse l’ensemble des analyses publiées dans la foulée.
Un front occidental inédit, soigneusement coordonné
La mécanique de l’événement est celle d’une séquence diplomatique préparée de longue date. Dès le 21 septembre, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Portugal annoncent leur reconnaissance3. Le lendemain, Paris ouvre la séance et est rejoint par la Belgique, le Luxembourg, Malte, Monaco, Andorre et Saint-Marin2. En quarante-huit heures, onze nations occidentales s’ajoutent à la liste des États reconnaissants, portant le total à 158 membres des Nations unies sur 1934.
La cadence n’est pas fortuite. Le sommet consacré à la « mise en œuvre de la solution des deux États », co-présidé par la France et l’Arabie saoudite, donne à l’initiative une caution arabe cruciale : Riyad, dont la normalisation avec Israël est suspendue depuis le 7 octobre 2023, apporte ainsi une légitimité régionale à ce que Paris seul n’aurait pu incarner5. L’Assemblée générale, qui adopte dans la foulée une déclaration sur le règlement pacifique de la question de Palestine, enregistre aussi l’absence notable des États-Unis et d’Israël, qui boycottent la conférence6. Le Département d’État américain dénonce des annonces « pour la galerie », preferring, selon ses termes, « une diplomatie sérieuse ».
Du côté israélien, la réponse de Benjamin Netanyahu est sans ambiguïté : « Cela n’arrivera pas. Aucun État palestinien ne sera créé à l’ouest du Jourdain », déclare-t-il dans une vidéo publiée depuis son bureau4.
Une décision longtemps différée, chargée de symboles
Que Paris ait mis si longtemps à franchir ce pas illustre à lui seul les tensions qui traversent la diplomatie française au Proche-Orient. La France est le premier État membre du G7 à reconnaître la Palestine — un geste que ses partenaires anglo-saxons tardaient à accomplir, par crainte des répercussions sur leur relation avec Washington. Cette antériorité revendiquée s’inscrit dans la longue tradition de la « politique arabe » française, telle qu’elle fut théorisée par de Gaulle après la rupture de Suez : un équilibre assumé entre Tel-Aviv et les capitales arabes, une posture de médiateur potentiel au Levant7.
Mais cette tradition a été malmenée. Depuis le début du Printemps arabe, selon plusieurs analystes, la voix de Paris est devenue « inaudible » dans la région, minée par des politiques contradictoires — soutien à certains régimes, interventions militaires désordonnées, ambivalences sur la question palestinienne elle-même7. La reconnaissance du 22 septembre s’interprète aussi comme une tentative de réancrer la France dans un rôle de puissance morale au Moyen-Orient, au moment où son influence militaire et économique s’y réduit. Pour une diplomatie française en quête de repères, retrouver de l’épaisseur symbolique dans une enceinte multilatérale est loin d’être négligeable.
Des conditions posées à l’Autorité palestinienne
Paris ne reconnaît pas la Palestine sans conditions. Au terme de la rencontre entre Macron et Mahmoud Abbas à l’Élysée en novembre 2025, la France annonce la création d’un « comité conjoint pour la consolidation de l’État de Palestine » chargé notamment de contribuer à l’élaboration d’une nouvelle Constitution8. Le président français renouvelle son appel à l’organisation d’élections présidentielle et législatives « libres, transparentes et démocratiques dans l’ensemble des Territoires palestiniens » — scrutin prévu en 2026, dont le Hamas serait explicitement exclu9.
Des engagements similaires ont été obtenus par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, qui ont conditionné leur reconnaissance à la condamnation publique par l’Autorité palestinienne des attaques du 7 octobre 2023 et à l’appel au désarmement du Hamas10. Ces conditions illustrent une ambivalence fondamentale : reconnaître un État tout en soumettant son gouvernement de facto à des préalables qu’il ne contrôle pas entièrement.
Sur le plan financier, la France s’engage à hauteur de 100 millions d’euros pour la réponse humanitaire et le soutien institutionnel en 2025, couvrant des livraisons d’urgence alimentaire et médicale ainsi que les premiers travaux du comité conjoint8. Un effort conséquent, mais qui ne résout pas la question de la viabilité à long terme d’une entité palestinienne dont les revenus fiscaux sont tributaires des transferts israéliens.
« Ne modifiera rien sur le terrain » : le poids des limites structurelles
Pour Myriam Benraad, politologue spécialiste du Moyen-Orient interrogée par The Conversation, le diagnostic est sévère : la reconnaissance française « ne modifiera rien sur le terrain »11. Environ 150 nations reconnaissaient déjà la Palestine avant septembre 2025 — ce chiffre n’avait pas suffi à faire progresser d’un millimètre les lignes de cessez-le-feu, à stopper la colonisation en Cisjordanie, ni à rétablir l’unité politique entre Ramallah et Gaza.
Les obstacles sont structurels. La fragmentation territoriale entre la Cisjordanie, sous autorité partielle de l’Autorité palestinienne, et Gaza, dont le contrôle demeure disputé après l’opération militaire israélienne de 2023-2024, rend l’exercice effectif d’une souveraineté palestinienne juridiquement reconnue presque inopérant dans l’immédiat. La colonisation continue de réduire les surfaces disponibles pour un État contigu. Et l’absence des États-Unis — premier bailleur potentiel et garant historique de tout accord — prive le processus de son levier le plus décisif6.
Le vote de l’Assemblée générale qui adopte la « Déclaration de New York » sur la solution à deux États s’ajoute à une longue liste de résolutions dont l’application n’a jamais été contraignante12. La différence avec les précédentes tient à la nature des États qui ont changé de position : des membres du Conseil de sécurité (le Royaume-Uni, avec la Chine et la Russie qui avaient reconnu dès les années 1980, et la France elle-même) représentent désormais quatre des cinq membres permanents favorables à la Palestine — seuls les États-Unis demeurent opposés2.
Vers un réancrage de Paris dans la diplomatie proche-orientale ?
À moyen terme, l’enjeu pour Paris est moins la Palestine elle-même que sa propre crédibilité régionale. La tradition française d’équilibre au Levant — héritée de la politique arabe gaullienne, fragilisée par vingt ans de crises successives — retrouve avec ce geste une cohérence affichée. Le partenariat avec Riyad sur le dossier palestinien ouvre en outre un canal diplomatique vers les monarchies du Golfe à l’heure où ces dernières pèsent de plus en plus sur les équilibres régionaux.
Mais la stratégie française d’influence au Proche-Orient se heurte à une réalité implacable : sans levier militaire sur place, sans capacité à imposer un cessez-le-feu durable ou à contraindre Israël sur la colonisation, la reconnaissance demeure un signal politique — fort, nécessaire peut-être, mais insuffisant à lui seul. Le comité conjoint franco-palestinien, les élections de 2026 et la tenue éventuelle d’une conférence internationale de paix constitueront les indicateurs concrets de la profondeur de cet engagement.
Pour aller plus loin
- ONU : quand et comment va se dérouler la reconnaissance de la Palestine par la France ?
- La reconnaissance de la Palestine par la France ne modifiera rien sur le terrain
- Reconnaissance de l'État de Palestine : à quoi va servir la conférence à l'ONU présidée par la France et l'Arabie saoudite
- La France a-t-elle encore une politique arabe ?
Questions fréquentes
Quand la France a-t-elle officiellement reconnu l'État de Palestine ?
Emmanuel Macron a annoncé la reconnaissance officielle le 22 septembre 2025 à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, lors d'un sommet de haut niveau co-présidé avec l'Arabie saoudite sur la solution à deux États.
Quels autres pays ont reconnu la Palestine en même temps que la France ?
Le 22 septembre 2025, la France était rejointe par la Belgique, le Luxembourg, Malte, Monaco, Andorre et Saint-Marin. La veille, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et le Portugal avaient également reconnu la Palestine, formant ainsi un front occidental inédit de onze nations en deux jours.
La reconnaissance de la Palestine par la France change-t-elle quelque chose sur le terrain ?
De l'avis d'experts interrogés par The Conversation, cette décision n'a pas de portée immédiate sur la réalité politique et sécuritaire : les obstacles territoriaux, démographiques et institutionnels demeurent entiers. La reconnaissance est avant tout un signal diplomatique fort, pas un levier opérationnel.
Quelles conditions la France a-t-elle posées à son soutien à l'Autorité palestinienne ?
Paris a demandé à l'Autorité palestinienne de condamner publiquement les attaques terroristes du 7 octobre 2023, d'appeler au désarmement du Hamas, et de s'engager sur des réformes institutionnelles incluant l'organisation d'élections libres en 2026 sans participation du Hamas.
Quelle est la tradition diplomatique française au Proche-Orient ?
Depuis de Gaulle — qui rompit avec l'alliance implicite avec Israël après Suez et maintint des liens avec les États arabes — Paris revendique une position d'équilibre entre les parties. Cette tradition, prolongée sous Giscard d'Estaing avec le dialogue avec l'OLP, a souvent été fragilisée par les crises régionales, mais demeure un marqueur identitaire de la diplomatie française.
Sources
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Touteleurope, « ONU : quand et comment va se dérouler la reconnaissance de la Palestine par la France ? », 2025. https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/onu-quand-et-comment-va-se-derouler-la-reconnaissance-de-la-palestine-par-la-france/ ↩
-
ONU Info, « La France et plusieurs autres pays occidentaux reconnaissent l’État de Palestine à l’ONU », 22 septembre 2025. https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157534 ↩ ↩2 ↩3
-
France 24, « Reconnaissance de l’État de Palestine par le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Portugal », 21 septembre 2025. https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20250921-le-royaume-uni-va-reconna%C3%AEtre-un-etat-palestinien-netanyahu-d%C3%A9nonce-un-danger-pour-isra%C3%ABl ↩
-
France Info, « Carte. Quels sont les pays qui reconnaissent désormais l’État de Palestine ? », 2025. https://www.franceinfo.fr/monde/palestine/carte-quels-sont-les-pays-qui-reconnaissent-desormais-l-etat-de-palestine_7506910.html ↩ ↩2
-
Ifri, « Reconnaissance de l’État de Palestine : à quoi va servir la conférence à l’ONU présidée par la France et l’Arabie saoudite », 2025. https://www.ifri.org/fr/presse-contenus-repris-sur-le-site/reconnaissance-de-letat-de-palestine-quoi-va-servir-la ↩
-
Times of Israël (fr.), « La Conférence de l’ONU sur la solution à deux États boycottée par les États-Unis et Israël », 2025. https://fr.timesofisrael.com/des-dizaines-de-pays-participent-a-la-conference-de-lonu-sur-les-deux-etats-boycottee-par-les-etats-unis-et-israel/ ↩ ↩2
-
Fabrice Balanche, « Le rayonnement de la diplomatie française, hier et aujourd’hui au Moyen-Orient : une étoile s’est éteinte ». https://www.fabricebalanche.com/moyen-orient/le-rayonnement-de-la-diplomatie-francaise-hier-et-aujourdhui-au-moyen-orient-une-etoile-sest-eteinte/ ↩ ↩2
-
France Info, « Après sa rencontre avec Mahmoud Abbas, Emmanuel Macron annonce la création d’un “comité conjoint pour la consolidation de l’État de Palestine” », novembre 2025. https://www.franceinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/apres-sa-rencontre-avec-mahmoud-abbas-emmanuel-macron-annonce-la-creation-d-un-comite-conjoint-pour-la-consolidation-de-l-etat-de-palestine-et-renouvelle-son-appel-a-des-elections-libres_7609865.html ↩ ↩2
-
France Info, « Désarmer le Hamas, organiser des élections… Quelles sont les réformes réclamées par les pays qui reconnaissent l’État palestinien ? », 2025. https://www.franceinfo.fr/monde/palestine/desarmer-le-hamas-organiser-des-elections-quelles-sont-les-reformes-reclamees-par-les-pays-qui-reconnaissent-l-etat-palestinien_7509151.html ↩
-
The Conversation, « Le Canada, le Royaume-Uni, la France et l’Australie reconnaissent la Palestine – qu’est-ce que cela signifie ? », 2025. https://theconversation.com/le-canada-le-royaume-uni-la-france-et-laustralie-reconnaissent-la-palestine-quest-ce-que-cela-signifie-entretien-avec-un-expert-265950 ↩
-
The Conversation, « La reconnaissance de la Palestine par la France ne modifiera rien sur le terrain », 2025. https://theconversation.com/la-reconnaissance-de-la-palestine-par-la-france-ne-modifiera-rien-sur-le-terrain-262137 ↩
-
Nations Unies, « L’Assemblée générale endosse la Déclaration de New York sur le règlement pacifique de la question de Palestine », 22 septembre 2025. https://press.un.org/fr/2025/ag12707.doc.htm ↩
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