La Corée du Sud, nouvelle puissance exportatrice d'armements
En cinq ans, Séoul a transformé son industrie de défense en hub d'exportation mondial : 15,4 milliards de dollars en 2025, objectif top 4 d'ici 2030.

À retenir
- La Corée du Sud est devenue le deuxième fournisseur d'armes des membres européens de l'OTAN (8,6 % de leurs importations), derrière les seuls États-Unis.
- Les exportations de défense ont atteint 15,4 milliards de dollars en 2025, en hausse de 62,5 % sur un an, avec un objectif de 37 milliards en 2026.
- Le contrat polonais — chars K2, obusiers K9, avions FA-50 — reste le plus emblématique, Varsovie représentant 46 % des exportations de Séoul.
- Le baptême du feu du missile Cheongung-II aux Émirats arabes unis en mars 2026 (96 % d'interceptions) a déclenché une ruée mondiale vers le système.
- Séoul vise la quatrième place des exportateurs mondiaux d'armements d'ici 2030, en misant sur des transferts de technologie généreux et des délais de livraison compétitifs.
En mars 2026, deux batteries du système antimissile Cheongung-II abattaient 29 missiles iraniens sur 30 au-dessus des Émirats arabes unis, affichant un taux d’interception de 96 %1. Des dizaines de pays ont aussitôt sollicité Séoul. Cet épisode résume ce que cinq ans de contrats et de réarmement européen ont construit : la Corée du Sud est désormais une puissance exportatrice d’armements de premier rang.
Du marché captif au hub mondial
Pendant des décennies, l’industrie de défense sud-coréenne a fonctionné comme un marché intérieur quasi fermé, dimensionné pour faire face à la seule menace du Nord. Le tournant s’amorce dans les années 2010, mais c’est l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 qui ouvre la brèche. Les pays européens, désireux de réarmer en urgence, se heurtent aux listes d’attente des industriels américains et allemands — et se tournent vers Séoul2.
Le résultat est spectaculaire. Entre 2020 et 2024, les volumes d’exportation sud-coréens ont plus que doublé par rapport à la décennie précédente3. Les quatre grands groupes — Hanwha Aerospace, Hyundai Rotem, Korea Aerospace Industries et LIG Nex1 — ont vu leurs revenus combinés progresser de 30 % entre 2023 et 2024, figurant désormais dans le classement SIPRI des cent premiers producteurs mondiaux4. En 2025, les commandes à l’export atteignaient 15,4 milliards de dollars, en hausse de 62,5 % sur un an5. Les projections pour 2026 dépassent les 37 milliards.
L’atout concurrentiel de Séoul repose sur trois piliers : des prix compétitifs, une capacité industrielle taillée pour une mobilisation rapide — héritage d’une péninsule toujours techniquement en état de conflit — et une politique délibérément ouverte de transferts de technologie6. Là où Washington conditionne ces transferts, Séoul les propose comme argument central.
La Pologne, tête de pont vers l’OTAN
Aucun contrat n’illustre mieux cette ascension que le partenariat avec Varsovie. En août 2022, la Pologne signe un accord de 12,4 milliards de dollars portant sur 180 chars K2 Black Panther, 212 obusiers K9 Thunder et 48 avions FA-507. En août 2025, elle commande 180 chars supplémentaires pour 6,5 milliards8. Varsovie représente aujourd’hui quelque 46 % des exportations d’armements de Séoul.
La relation dépasse la simple transaction : Hyundai Rotem prévoit d’ouvrir une usine de production en Pologne, ancrant le partenariat dans une logique industrielle longue. Au-delà de ce seul cas, les obusiers K9 équipent ou sont commandés par la Norvège, la Finlande, l’Estonie et la Roumanie — plus de 1 300 systèmes en service ou sous contrat en Europe9.
Ce positionnement vaut à Séoul une place historique : selon le SIPRI (2021-2025), la Corée du Sud est devenue le deuxième fournisseur d’armes des membres européens de l’OTAN, avec 8,6 % de leurs importations totales — derrière les seuls États-Unis3. L’Institut international des études stratégiques (IISS) consacrait en décembre 2025 une note entière à cette ascension jugée structurelle10.
Le Moyen-Orient et le baptême du feu
L’Europe n’est pas le seul front. En 2024, LIG Nex1 signait avec Riyad un contrat de 3,2 milliards de dollars pour dix batteries du Cheongung-II, surnommé « le Patriot coréen » — un système sol-air interceptant les missiles balistiques entre 15 et 40 kilomètres d’altitude11. Deux batteries déployées aux Émirats ont ensuite intercepté 29 missiles iraniens sur 30 lors des frappes de mars 20261. Abou Dhabi a immédiatement demandé un pont aérien d’urgence pour les missiles intercepteurs, et plusieurs capitales ont contacté Séoul dans les jours suivants. Le Korea Herald signalait que les règles d’approbation des transferts de technologie allaient être assouplies pour absorber l’afflux de demandes12.
Une ambition contrainte par la politique
Cette montée en puissance ne va pas sans tensions. La question ukrainienne constitue le principal point de friction. Séoul maintient une politique de non-livraison d’armes à des nations en guerre, préservant ainsi ses relations avec Moscou et évitant d’antagoniser Pékin13. La Pologne et les États baltes redistribuent vers Kiev une partie de leurs propres stocks, libérés par les livraisons coréennes — procédé qualifié de « contournement légal ». L’envoi de soldats nord-coréens en Russie a cependant conduit l’exécutif à annoncer fin 2025 qu’il « reconsidérerait » cette ligne13.
Le rapport Carnegie Endowment de février 2026 soulignait une autre limite structurelle : passer du statut d’exportateur à celui de « partenaire de défense de confiance » — impliquant interopérabilité, partage de renseignement et exercices conjoints — exige des investissements diplomatiques que Séoul n’a pas encore pleinement consentis14.
Le cap 2030 : exportateur ou partenaire stratégique ?
Le gouvernement a fixé l’objectif : figurer parmi les quatre premiers exportateurs mondiaux d’ici 2030. Pour y parvenir, Séoul élargit son démarchage géographique — pavillons coréens à la Defense Services Asia 2026, à Eurosatory et à l’AUSA annuel aux États-Unis12 — et monte en gamme : drones, systèmes autonomes et intelligence artificielle appliquée au combat figurent dans les priorités du prochain plan de défense.
La relation stratégique Russie-Corée du Nord et la pression de l’influence sino-américaine en Asie du Sud-Est rappellent que Séoul demeure à la fois acteur et objet des équilibres qu’il cherche à réorganiser. L’impact des accords de défense sur l’Asie-Pacifique dépend en partie de la capacité de Séoul à s’affirmer non seulement comme fournisseur, mais comme garant crédible de la sécurité régionale. Le modèle « K-defense » a prouvé qu’il pouvait percer ; il lui reste à démontrer qu’il peut durer.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Comment la Corée du Sud est-elle devenue un exportateur d'armements majeur ?
En combinant une base industrielle dimensionnée pour une guerre sur la péninsule coréenne, des prix compétitifs et une politique généreuse de transferts de technologie. Depuis 2022, la demande européenne de réarmement rapide a offert à Séoul une fenêtre d'opportunité que ses concurrents occidentaux, aux carnets de commandes saturés, ne pouvaient pas satisfaire aussi vite.
Quels sont les principaux systèmes d'armes exportés par la Corée du Sud ?
Le char K2 Black Panther, l'obusier automoteur K9 Thunder, le lance-roquettes multiple Homar-K, l'avion léger de combat FA-50 et le système antimissile Cheongung-II constituent le cœur de l'offre. Ces équipements sont en service ou commandés dans une vingtaine de pays, dont la Pologne, la Norvège, la Finlande, l'Estonie, la Roumanie et l'Arabie saoudite.
Pourquoi la Pologne est-elle devenue le principal client de l'industrie de défense sud-coréenne ?
Varsovie cherche à reconstituer rapidement ses stocks après avoir fourni une aide massive à l'Ukraine, tout en modernisant son armée. Séoul a su répondre à cette urgence avec des délais de livraison inégalés, des prix inférieurs à ceux des concurrents occidentaux et des accords de co-production qui ancrent la relation dans la durée.
Le Cheongung-II est-il comparable au Patriot américain ?
Le Cheongung-II est un système sol-air de moyenne portée, souvent qualifié de 'Patriot coréen'. Il intercepte les missiles balistiques entre 15 et 40 km d'altitude. Son baptême du feu aux Émirats en mars 2026, avec un taux d'interception de 96 % contre des missiles iraniens, a confirmé ses performances en conditions réelles et généré une demande internationale sans précédent.
La Corée du Sud livre-t-elle des armes à l'Ukraine ?
Non directement. Séoul maintient une politique de non-vente d'armes à des nations en guerre. En revanche, les livraisons massives à la Pologne et aux États baltes permettent à ces pays de réorienter leurs propres stocks vers Kiev. La montée en puissance militaire de Pyongyang aux côtés de Moscou pousse néanmoins Séoul à reconsidérer progressivement cette ligne rouge.
Sources
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Army Recognition, « First Combat Use for South Korea’s Cheongung II Air Defense System Against Iranian Missile in UAE », Army Recognition, mars 2026. https://www.armyrecognition.com/news/army-news/2026/first-combat-use-for-south-koreas-cheongung-ii-air-defense-system-against-iranian-missile-in-uae ↩ ↩2
-
ABC News, « South Korea exporting arms to Poland amid controversy over lethal aid to Ukraine », ABC News. https://abcnews.go.com/International/south-korea-exporting-arms-poland-amid-controversy-lethal/story?id=98718452 ↩
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SIPRI, « Global arms flows jump nearly 10 per cent as European demand soars », SIPRI Press Release, 2026. https://www.sipri.org/media/press-release/2026/global-arms-flows-jump-nearly-10-cent-european-demand-soars ↩ ↩2
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SIPRI, « Can the growth trend in South Korea’s arms industry last? », SIPRI Topical Backgrounder, 2025. https://www.sipri.org/commentary/topical-backgrounder/2025/can-growth-trend-south-koreas-arms-industry-last ↩
-
Seoul Economic Daily, « Korea’s Defense Exports Hit $15.4 Billion in 2025, Set to Grow Further », Seoul Economic Daily, 24 mars 2026. https://en.sedaily.com/politics/2026/03/24/koreas-defense-exports-hit-154b-in-2025-set-to-grow-further ↩
-
Lowy Institute, « South Korea is on track to become a defence powerhouse », The Interpreter, Lowy Institute, 2025. https://www.lowyinstitute.org/the-interpreter/south-korea-track-become-defence-powerhouse ↩
-
Korea.net, « Export deal for K2 tank concluded with Poland for KRW 9T », Korea.net, 2022. https://www.korea.net/NewsFocus/Business/view?articleId=274464 ↩
-
Army Recognition, « Flash News: South Korea to Export 180 Additional K2 Black Panther Tanks to Poland in $6.2 Billion Deal », Army Recognition, 2025. https://www.armyrecognition.com/news/army-news/2025/flash-news-south-korea-to-export-180-additional-k2-black-panther-tanks-to-poland-in-6-2-billion-deal ↩
-
UPI, « South Korea’s K9 howitzer gains ground in Europe with Finland deal », UPI, 14 avril 2026. https://www.upi.com/Top_News/World-News/2026/04/14/k9-defense-market-europe/9241776209951/ ↩
-
IISS, « South Korea as a Rising Defence Exporter », IISS Research Paper, décembre 2025. https://www.iiss.org/globalassets/media-library---content—migration/files/research-papers/2025/12/south-korea-as-a-rising-defence-exporter_122025/iiss_south-korea-as-a-rising-defence-exporter_122025.pdf ↩
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UPI, « South Korea’s LIG Nex1 wins $3.2B arms deal with Saudi Arabia », UPI, 7 février 2024. https://www.upi.com/Top_News/World-News/2024/02/07/LIG-Nex1-arms-deal-South-Korea-Saudi-Arabia/8951707316072/ ↩
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The Korea Herald, « Seoul moves to speed defense exports with faster tech transfer rules », The Korea Herald. https://www.koreaherald.com/article/10731353 ↩ ↩2
-
Washington Times, « Ukraine War rises as barrier to South Korea’s arms export ambitions », Washington Times, 31 octobre 2025. https://www.washingtontimes.com/news/2025/oct/31/ukraine-war-rises-barrier-south-koreas-arms-export-ambitions/ ↩ ↩2
-
Carnegie Endowment for International Peace, « Are Long-Term NATO–South Korea Defense Ties Possible? », Carnegie Endowment, février 2026. https://carnegieendowment.org/research/2026/02/are-long-term-nato-south-korea-defense-ties-possible-transitioning-from-an-arms-exporter-to-a-trusted-defense-partner ↩
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