Le plan Trump pour Gaza : anatomie d'un cessez-le-feu fragile
Le plan Trump en vingt points et le cessez-le-feu du 10 octobre 2025 à Gaza : phases, otages, Conseil de paix, force internationale et le choc des récits.

Les images illustrant nos articles et analyses sont générées à l'aide d'un outil d'intelligence artificielle. Elles sont fournies à titre purement illustratif et ne reflètent pas nécessairement la réalité des faits, des lieux, des personnes ou des objets évoqués.
Ces visuels constituent des créations imaginaires destinées à accompagner le contenu éditorial. Ils ne doivent pas être confondus avec des photographies, documents ou représentations authentiques de situations réelles.
À retenir
- Le 29 septembre 2025, Donald Trump dévoile un plan en vingt points pour Gaza ; le 10 octobre, le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas entre en vigueur.
- La première phase — libération des otages, échange de prisonniers, retrait israélien jusqu'à une « ligne jaune », afflux d'aide — a été appliquée ; la seconde reste bloquée.
- Le plan crée un « Conseil de paix » présidé par Trump et une force internationale de stabilisation, entérinés par la résolution 2803 du Conseil de sécurité le 17 novembre 2025.
- Le désarmement du Hamas est le verrou : le mouvement le refuse tant que dure l'occupation, Israël en fait un préalable absolu. Les récits des camps sont inconciliables.
- Huit mois après, la force n'est pas déployée, des centaines de Palestiniens ont été tués, et la guerre en Iran a détourné l'attention.
Le 29 septembre 2025, dans la salle Est de la Maison-Blanche, Donald Trump déroule aux côtés de Benyamin Netanyahou un document de vingt points censé clore deux ans de guerre à Gaza1. Douze jours plus tard, les combats cessent. Mais derrière les accords officiels et la libération des otages, les mêmes faits sont lus de façons irréconciliables : pour Washington, une percée historique ; pour le Hamas, une reddition déguisée ; pour Israël, une trêve sous conditions. Huit mois après, la trêve tient, mais à peine.
Vingt points, trois phases, un calendrier théorique
Le « Plan global pour mettre fin au conflit de Gaza » n’est pas un traité mais un cadre, organisé en trois temps2. La première phase prévoit l’arrêt des combats, la libération de tous les otages, un afflux massif d’aide humanitaire et un retrait israélien partiel jusqu’à une « ligne jaune » laissant à l’armée le contrôle d’un peu plus de la moitié du territoire3. La deuxième, plus périlleuse, vise le désarmement du Hamas, de nouveaux retraits israéliens, le déploiement d’une force internationale de stabilisation et l’installation d’un gouvernement technocratique. La troisième, en termes volontairement flous, évoque dialogue interreligieux, reconstruction et discussions vers une « coexistence pacifique » — sans promettre d’État palestinien2.
L’enchaînement s’est emballé. Israël et le Hamas acceptent la première phase le 9 octobre ; le cessez-le-feu entre en vigueur le 10 octobre 20253. Le 13 octobre, le Hamas libère les vingt derniers otages vivants, contre 250 prisonniers condamnés à la perpétuité et quelque 1 700 Gazaouis détenus depuis le 7 octobre 20232. La restitution des dépouilles, elle, traîne : le mouvement affirme ne pouvoir retrouver certains corps, ensevelis sous les décombres de deux ans de bombardements4. Le même jour, à Charm el-Cheikh, une « Déclaration Trump pour une paix et une prospérité durables » est paraphée par les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie — ni Israël ni le Hamas n’étaient présents5.
Un Conseil de paix présidé par Trump, adoubé par l’ONU
Le cœur institutionnel du plan est inédit. Un « Conseil de paix » — Board of Peace — doit administrer Gaza à titre transitoire, présidé par Donald Trump lui-même, avec l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair parmi ses membres pressentis2. Il chapeaute un comité de technocrates palestiniens et s’appuie sur un haut représentant, l’ancien envoyé de l’ONU Nikolaï Mladenov. À terme, le Conseil promet de transférer la gouvernance à une Autorité palestinienne « réformée », ouvrant un « chemin » vers l’autodétermination — formule que ses partisans lisent comme une promesse et ses détracteurs comme un piège.
Le dispositif a reçu l’onction du Conseil de sécurité. Le 17 novembre 2025, la résolution 2803 l’entérine par 13 voix pour et 2 abstentions, celles de la Russie et de la Chine6. Elle confère au Conseil de paix une « personnalité juridique internationale » et autorise une force internationale de stabilisation habilitée à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour sécuriser les frontières et garantir la démilitarisation, jusqu’au 31 décembre 20276. Des juristes y ont aussitôt vu un précédent vertigineux : à Londres, Chatham House salue un cadre habilitant mais « dangereusement vague » sur le consentement des Gazaouis, tandis que le centre Carnegie dénonce un « gouvernement par la loi » substitué à l’État de droit7. Pour comprendre ce que pèse cette architecture sur le terrain, voir notre analyse de la reconstruction et de la gouvernance de Gaza.
Le désarmement du Hamas, point de blocage central
Tout achoppe sur un mot : désarmement. Le plan exige que le Hamas rende ses armes, détruise ses tunnels et cède le pouvoir avant que la force ne se déploie et que les retraits ne s’achèvent. Or les camps ne décrivent pas le même monde.
Côté israélien, Benyamin Netanyahou martèle qu’« aucune reconstruction » ne commencera avant le désarmement et qu’Israël gardera le « contrôle sécuritaire » de Gaza8. Son opposition à un État palestinien, ajoute-t-il, « à l’ouest du Jourdain, existe, est ferme et n’a aucunement changé »8. Sceptique sur la capacité d’une force étrangère à désarmer le mouvement, il prévient : si la communauté internationale ne le fait pas, « Israël le fera »8. Cette primauté du sécuritaire prolonge une doctrine d’approvisionnement et de puissance militaire érigée en colonne vertébrale de l’État.
Côté palestinien, le récit est l’exact miroir. Le négociateur Khalil al-Hayya lie les armes du mouvement « à l’existence de l’occupation et de l’agression » et ne les rendra que « si l’occupation cesse »9. Le chef politique Khaled Mechaal rejette « toute forme de tutelle ou de mandat » et affirme que les Palestiniens « seuls décident de leur sort »9. En juin 2026, le Hamas concède un pas — seule une police désignée porterait des armes à Gaza — mais refuse toujours la reddition de son arsenal10. Tout ce différend s’enracine dans l’histoire longue du conflit israélo-palestinien, dont le plan Trump n’est qu’un nouvel épisode.
Entre les deux, les médiateurs avancent sur une ligne de crête. L’Égypte, qui tient le passage de Rafah, le Qatar, canal historique avec le Hamas, et la Turquie sont les garants de l’accord aux côtés de Washington11. Doha avait pourtant suspendu sa médiation après une frappe israélienne sur des négociateurs du Hamas en plein territoire qatari, en septembre 2025, qui avait tué un agent de sécurité — avant de la reprendre sous pression américaine11.
Huit mois après : une trêve qui s’effrite
Sur le papier, la machine était lancée. Washington annonce le passage à la deuxième phase dès janvier 202612. Le 19 février, le Conseil de paix se réunit pour la première fois à Washington : une quarantaine de pays, environ 17 milliards de dollars promis, et l’annonce, par le général américain Jasper Jeffers, de cinq États prêts à fournir des contingents — Indonésie, Maroc, Kazakhstan, Kosovo, Albanie13. À la mi-2026, pourtant, aucun casque de cette force n’a foulé Gaza : la transition est « bloquée depuis des mois », les positions sur le désarmement et le retrait restant trop éloignées12.
La trêve, elle, n’a jamais vraiment fait taire les armes. Le bureau de presse du gouvernement de Gaza, administré par le Hamas, recense plus de 947 Palestiniens tués et près de 2 935 blessés depuis le 10 octobre, attribuant à Israël des milliers de violations14. Des décomptes indépendants, plus prudents, faisaient état au printemps 2026 de plus de 700 Palestiniens et quatre Israéliens tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu15. La responsabilité de l’enlisement, elle aussi, se dispute : en mai 2026, un rapport du Conseil de paix remis au Conseil de sécurité par Mladenov désigne le refus du Hamas de désarmer comme « le principal obstacle » à la phase deux15 — lecture que le mouvement et la chaîne Al Jazeera, dont la couverture épouse les positions palestiniennes, retournent en pointant les frappes israéliennes répétées au-delà de la « ligne jaune »14.
Le test décisif reste suspendu : le déploiement effectif de la force et le premier dollar de reconstruction réellement dépensé. Pour l’heure, l’attention mondiale s’est déplacée — la guerre en Iran et le choc énergétique qu’elle provoque ont relégué Gaza au second plan12. Le cessez-le-feu tient donc sur le papier, doté d’une architecture internationale et de milliards promis, mais son application reste suspendue au déploiement de la force et au lancement de la reconstruction ; la population, elle, demeure de part et d’autre d’une ligne mouvante, sans horizon politique défini.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quand le plan Trump pour Gaza a-t-il été annoncé et quand le cessez-le-feu est-il entré en vigueur ?
Donald Trump a dévoilé son plan en vingt points le 29 septembre 2025, aux côtés de Benyamin Netanyahou. Israël et le Hamas ont accepté la première phase le 9 octobre, et le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre 2025. Les vingt derniers otages vivants ont été libérés le 13 octobre.
Qu'est-ce que le « Conseil de paix » et la force internationale de stabilisation ?
Le Conseil de paix est un organe de transition présidé par Donald Trump, chargé de superviser l'administration et la reconstruction de Gaza. La force internationale de stabilisation doit sécuriser l'enclave et appuyer sa démilitarisation. La résolution 2803 du Conseil de sécurité, adoptée le 17 novembre 2025, a autorisé les deux jusqu'au 31 décembre 2027.
Pourquoi la deuxième phase du plan est-elle bloquée ?
La deuxième phase exige le désarmement du Hamas, le retrait israélien et le déploiement de la force internationale. Le Hamas refuse de rendre ses armes tant que dure l'occupation ; Israël en fait un préalable à tout retrait et à toute reconstruction. Faute d'accord, la force n'a pas été déployée et la transition stagne depuis des mois.
Qui a servi de médiateur dans l'accord ?
Les États-Unis ont piloté la négociation, avec l'Égypte, le Qatar et la Turquie comme médiateurs et garants. Le Caire contrôle le passage de Rafah ; Doha sert depuis des années de canal avec le Hamas. La déclaration de Charm el-Cheikh, le 13 octobre 2025, a été signée par ces quatre États, en l'absence d'Israël et du Hamas.
Sources
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CNN, « Trump announced his 20-point Gaza peace plan. What comes next? », CNN, 30 septembre 2025. https://www.cnn.com/2025/09/30/middleeast/trump-gaza-plan-what-comes-next-intl ↩
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Al Jazeera, « Here’s the full text of Trump’s 20-point plan to end Israel’s war on Gaza », Al Jazeera, 29 septembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/9/29/heres-the-full-text-of-trumps-20-point-plan-to-end-israels-war-on-gaza ↩ ↩2 ↩3 ↩4
-
NBC News, « Gaza plan live updates: Israel and Hamas begin ceasefire after hostage release deal is approved », NBC News, 9-10 octobre 2025. https://www.nbcnews.com/world/middle-east/live-blog/live-updates-israel-hamas-ceasefire-hostage-release-rcna236811 ↩ ↩2
-
NPR, « What to know about the 5 hostages whose remains are still in Gaza », NPR, 8 novembre 2025. https://www.npr.org/2025/11/08/g-s1-97056/the-5-hostages-whose-remains-are-still-in-gaza ↩
-
Al Arabiya, « Full text of Gaza peace summit declaration signed by US, Egypt, Qatar and Turkey », Al Arabiya English, 14 octobre 2025. https://english.alarabiya.net/News/middle-east/2025/10/14/full-text-of-gaza-peace-summit-declaration-signed-by-us-egypt-qatar-and-turkey- ↩
-
Nations unies, « Security Council Authorizes International Stabilization Force in Gaza, Adopting Resolution 2803 (2025) », UN Meetings Coverage, 17 novembre 2025. https://press.un.org/en/2025/sc16225.doc.htm ↩ ↩2
-
Chatham House, « What is Security Council Resolution 2803, and what does it mean for the Trump Gaza plan? », Chatham House, novembre 2025. https://www.chathamhouse.org/2025/11/what-security-council-resolution-2803-and-what-does-it-mean-trump-gaza-plan ↩
-
The Times of Israel, « Netanyahu: No Gaza rebuild before Hamas disarms, Israel will keep ‘security control’ over Gaza » et « Netanyahu: Israel will disarm Hamas and demilitarize Gaza if foreign troops don’t », The Times of Israel, 2025-2026. https://www.timesofisrael.com/netanyahu-no-gaza-rebuild-before-hamas-disarms-israel-will-keep-security-control-over-gaza/ ↩ ↩2 ↩3
-
Ynet News, « Hamas leader rejects disarmament, resists US stabilization plan for Gaza », Ynetnews, 2026. https://www.ynetnews.com/article/s1yhh3mmbx ↩ ↩2
-
Al Jazeera, « Hamas says won’t surrender arms but only police will carry weapons in Gaza », Al Jazeera, 5 juin 2026. https://www.aljazeera.com/news/2026/6/5/hamas-says-wont-surrender-arms-but-only-police-will-carry-weapons-in-gaza ↩
-
J Street, « Securing the Ceasefire: The Roles of Egypt, Qatar, and Turkey as Guarantors », J Street, 2025. https://jstreet.org/securing-the-ceasefire-the-roles-of-egypt-qatar-and-turkey-as-guarantors/ ↩ ↩2
-
Al Jazeera, « Israel kills 13 in Gaza as Egypt hosts renewed ceasefire diplomacy in Cairo », Al Jazeera, 7 juin 2026. https://www.aljazeera.com/news/2026/6/7/israeli-army-kills-nine-in-gaza-as-mediators-renew-diplomacy-in-cairo ↩ ↩2 ↩3
-
Foundation for Defense of Democracies, « Stabilization force and funding pledged for Gaza at Board of Peace meeting », FDD, 20 février 2026. https://www.fdd.org/analysis/2026/02/20/stabilization-force-and-funding-pledged-for-gaza-at-board-of-peace-meeting/ ↩
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Al Jazeera, « How many times has Israel violated the Gaza ceasefire? Here are the numbers », Al Jazeera, 2025-2026. https://www.aljazeera.com/news/2025/11/11/how-many-times-has-israel-violated-the-gaza-ceasefire-here-are-the-numbers ↩ ↩2
-
Euronews, « Hamas to blame for lack of progress on phase two of ceasefire, Board of Peace report says », Euronews, 20 mai 2026. https://www.euronews.com/2026/05/20/hamas-to-blame-for-lack-of-progress-on-phase-two-of-ceasefire-board-of-peace-report-says ↩ ↩2
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