Belize–Guatemala : les audiences de La Haye et l'attente du verdict
Le différend territorial Belize-Guatemala entre dans sa phase orale à la CIJ ; les deux États s'engagent à respecter un arrêt définitif et sans appel.

À retenir
- Le Belize et le Guatemala ont confié à la Cour internationale de justice de La Haye un différend territorial, insulaire et maritime vieux de plus de deux siècles.
- La phase écrite est close depuis juin 2023 ; l'affaire attend la fixation de la date de ses audiences orales, espérées en 2026 mais ralenties par l'encombrement de la Cour.
- Le Guatemala revendique environ 11 000 kilomètres carrés, soit près de la moitié sud du Belize, sur la base d'une lecture contestée du traité frontalier de 1859.
- Les deux États se sont engagés par référendum à se soumettre à un arrêt « définitif et sans appel », une issue rare dans les contentieux frontaliers.
À La Haye, l’affaire est en attente de fixation de date d’audience devant un greffe surchargé. Après plus de deux siècles de querelle, le Belize et le Guatemala ont remis le sort d’une frontière — et de près de la moitié d’un pays — entre les mains de quinze juges. Les mémoires sont déposés, les arguments échangés sur le papier ; il ne manque plus que la date à laquelle les avocats des deux capitales viendront, face à face, plaider de vive voix. Cette date, espérée pour 2026, cristallise désormais l’attente de deux nations qui ont juré, par référendum, de s’incliner devant le verdict, quel qu’il soit.
Une querelle née d’un traité du XIXᵉ siècle
Le contentieux remonte à l’époque coloniale. Le Belize actuel, ancien Honduras britannique, fut longtemps une enclave anglaise sur une côte que l’Espagne, puis le Guatemala indépendant, considéraient comme leur. En 1859, Londres et la ville de Guatemala signent un traité de délimitation qui fixe la frontière du fleuve Hondo, au nord, jusqu’au fleuve Sarstoon, au sud1. Pour le Belize, ce texte est limpide : il s’agit d’un traité frontalier en bonne et due forme, ratifié par les deux parties et toujours juridiquement valide, qui consacre une frontière héritée et internationalement reconnue1.
La capitale guatémaltèque en fait une lecture diamétralement opposée. Son grief tient tout entier dans l’article 7 du traité, par lequel Britanniques et Guatémaltèques s’engageaient à employer leurs « meilleurs efforts » pour établir une voie de communication — route ou fleuve — entre la ville de Guatemala et la côte atlantique1. Cette route ne fut jamais construite. Le Guatemala soutient que ce manquement vide le traité de sa substance : faute d’avoir tenu sa promesse, Londres aurait transformé un accord de cession en simple chiffon de papier, rouvrant la question de la souveraineté1. De cette brèche juridique le pays tire une revendication qui a varié dans le temps : longtemps portée sur la totalité du territoire, elle se concentre depuis 1999 sur la moitié sud du Belize, au-delà du fleuve Sibun2.
Près de la moitié d’un pays en jeu
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Le Guatemala réclame à son voisin quelque 11 030 kilomètres carrés de terres, ainsi que des centaines d’îles et d’îlots de la mer des Caraïbes — soit près de la moitié du territoire bélizien3. Géographiquement, la revendication engloberait des portions des districts de Cayo et de Belize, et la totalité des districts de Stann Creek et de Toledo, au sud4. Pour un pays de moins de 23 000 kilomètres carrés, l’amputation potentielle est vertigineuse.
L’affaire ne se limite pas à la terre ferme. Le différend est, selon les termes mêmes de la Cour, « territorial, insulaire et maritime »5. Les cayes coralliennes et les eaux qui les baignent — riches en pêche et en biodiversité — sont au cœur de la dispute, comme l’illustre un contentieux voisin : la question de la souveraineté sur les cayes Sapodilla, que le Belize et le Honduras se disputent et dans laquelle le Guatemala s’est invité comme tiers intervenant. En mars 2026, la CIJ lui a d’ailleurs reconnu un intérêt juridique à intervenir, comme non-partie, sur ce point précis6. Deux dossiers distincts, donc, mais une même logique : l’héritage enchevêtré des empires se règle aujourd’hui caye par caye, fleuve par fleuve.
Du tête-à-tête à la médiation internationale
Pendant des décennies, le face-à-face a oscillé entre négociation et tension. Au tournant des années 2000, alors que les incidents frontaliers font craindre une escalade, l’Organisation des États américains (OEA) s’impose comme médiateur de référence. Dès le 8 novembre 2000, les deux parties signent un premier accord sur des mesures de confiance, instaurant une « ligne d’adjacence » le long de la frontière disputée et une « zone d’adjacence » d’un kilomètre destinée à réduire les incursions, avec des mécanismes de vérification conjointe7. Le fleuve Sarstoon, frontière méridionale, reste un point de friction récurrent : patrouilles guatémaltèques, drapeaux plantés sur des îlots, intrusions ponctuelles continuent d’entretenir la méfiance8.
C’est dans ce cadre que mûrit l’idée d’un arbitrage juridictionnel. Le 8 décembre 2008, au siège de l’OEA à Washington, les chefs de la diplomatie bélizienne et guatémaltèque signent un accord spécial — un compromis, au sens du droit international — pour soumettre « la revendication territoriale, insulaire et maritime du Guatemala » à la Cour internationale de justice9. Un protocole de 2015 ajustera ensuite les modalités, autorisant la tenue des référendums de ratification de manière simultanée ou séparée9. Car la saisine de La Haye, dans ce dossier, ne pouvait se faire sans l’aval populaire.
Le verdict des urnes avant celui des juges
Les peuples ont eu le dernier mot avant les juges. Au Guatemala, la consultation populaire du 15 avril 2018 a vu une écrasante majorité — de l’ordre de 95 % des votants — approuver le renvoi du différend devant la CIJ9. Au Belize, le scrutin du 8 mai 2019 fut plus serré : 55 % des électeurs ont accepté de laisser la Cour trancher la revendication guatémaltèque9. L’écart entre les deux résultats en dit long sur les rapports de force psychologiques : pour le demandeur, le recours au juge international est l’aboutissement d’une cause nationale ; pour le défendeur, c’est un pari assumé, mais non sans réticences, sur la solidité de son titre.
La consécration juridique suit de près. Le 7 juin 2019, le Belize dépose au greffe de La Haye sa notification, parachevant le consentement des deux États ; la Cour est officiellement saisie5. L’accord spécial enclenche alors un calendrier d’écritures précis : le Guatemala, demandeur, doit présenter son mémoire dans l’année ; le Belize dispose ensuite d’un an pour son contre-mémoire ; puis viennent, en six mois chacun, une réplique guatémaltèque et une duplique bélizienne10. La mécanique procédurale est lancée.
Les écritures closes, l’audience en suspens
Sur le papier, l’instruction est désormais bouclée. Après plusieurs reports de délais — la pandémie a notamment décalé d’un semestre le dépôt du mémoire guatémaltèque, finalement remis fin 2020, et celui du contre-mémoire bélizien, attendu en juin 202211 — le second tour d’écritures a suivi son cours. Le Belize a déposé sa duplique au greffe en juin 2023, mettant un point final à la phase écrite de l’affaire12. Dès lors, la balle est dans le camp de la Cour : il lui revient de fixer la date des audiences orales, ce moment où, pour la première fois, les conseils des deux pays plaideront publiquement, sous l’œil des caméras des Nations unies.
C’est ici qu’il faut se garder de toute précipitation. Les responsables béliziens espèrent ouvertement que La Haye arrêtera, en 2026, le mois d’ouverture des plaidoiries — « si tout se passe comme prévu », selon la formule prudente de l’ancien ministre des Affaires étrangères Eamon Courtenay13. Mais aucune date n’a été fixée à ce jour, et l’optimisme se heurte à une réalité matérielle : l’encombrement du rôle de la Cour, conjugué au renouvellement de juges, a déjà retardé l’affaire13. La presse guatémaltèque, citant des estimations, n’exclut pas un arrêt repoussé à 2026-2027 du fait de cette surcharge14. D’autres projections, plus lointaines encore, évoquent des plaidoiries fin 2026 ou début 2027 et un jugement au mieux vers 2027-20288. Autrement dit : l’entrée dans la phase orale est imminente dans l’esprit des chancelleries, mais elle demeure, en droit, suspendue à la décision souveraine de la Cour.
Deux récits, un engagement commun
Derrière la procédure, deux mémoires nationales s’affrontent. Côté bélizien, le discours est celui de l’intégrité territoriale : le pays défend, « de frontière à frontière », son droit à l’entièreté de son sol, du Hondo au Sarstoon, et présente son titre comme juridiquement inattaquable, hérité d’un traité valide de 185915. Côté guatémaltèque, on revendique au contraire la réparation d’une injustice historique, la restitution d’un territoire que les aléas de la décolonisation auraient soustrait à la souveraineté nationale14. Ce sont là deux lectures du même passé, et c’est précisément pour les départager que la Cour a été convoquée.
Reste un point sur lequel les deux capitales convergent sans réserve, et qui fait l’originalité du dossier : l’engagement à respecter le verdict. L’accord spécial et les référendums lient les parties à un arrêt « définitif et sans appel », qu’elles devront exécuter pleinement et de bonne foi9. À l’automne 2025, le chef de la diplomatie guatémaltèque a réaffirmé que son pays se conformerait au jugement de la CIJ, quel qu’il soit14 ; à la tribune des Nations unies, le président Bernardo Arévalo a plaidé pour une « résolution pacifique et juridique » du différend avec le Belize14. En parallèle, sous l’égide de l’OEA, les deux gouvernements ont tenu en 2026 des entretiens de haut niveau dans la zone d’adjacence, non seulement pour renforcer les mesures de confiance, mais pour esquisser ce à quoi ressemblera leur coopération une fois l’arrêt rendu8.
La méthode tranche avec d’autres pratiques de la région. À l’échelle du sous-continent, les contentieux de souveraineté se règlent rarement par anticipation : les grandes puissances latino-américaines préfèrent souvent l’affirmation de force ou la patience diplomatique. Le Brésil, par exemple, défend ses revendications maritimes par la modernisation navale et la surveillance de ses ressources en mer, tandis que Brasília a privilégié la médiation et la désescalade dans sa gestion de la crise vénézuélienne — autant de variations sur le rôle que le géant régional entend jouer en Amérique du Sud. Le choix bélizo-guatémaltèque de s’en remettre à La Haye, dans un environnement où l’influence chinoise comme l’influence russe s’étendent et redessinent les alignements du continent, n’en est que plus singulier.
Dans un contexte où les contentieux frontaliers s’enlisent souvent dans le déni ou se règlent par la force, la démarche bélizo-guatémaltèque — confier à quinze juges le tracé d’une frontière et s’engager à l’accepter d’avance — constitue un test pour la justice internationale en Amérique centrale. La date des audiences, lorsqu’elle sera fixée, ouvrira la phase de plaidoiries ; le verdict, attendu entre 2027 et 2028, devra ensuite être exécuté de bonne foi par les deux parties.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Que revendique le Guatemala au Belize ?
Le Guatemala réclame environ 11 030 kilomètres carrés de terres ainsi que des centaines d'îles et d'îlots de la mer des Caraïbes, soit près de la moitié sud du territoire bélizien, au sud du fleuve Sibun. Il invoque une lecture du traité frontalier anglo-guatémaltèque de 1859 selon laquelle Londres n'aurait pas respecté ses engagements.
À quel stade se trouve l'affaire devant la CIJ ?
La phase écrite est terminée : le Guatemala a déposé son mémoire, le Belize son contre-mémoire, puis ont suivi une réplique guatémaltèque et une duplique bélizienne en juin 2023. L'affaire attend désormais que la Cour fixe la date de ses audiences orales.
Les audiences orales auront-elles lieu en 2026 ?
Des responsables béliziens espèrent que la Cour fixera un mois de 2026 pour ouvrir les plaidoiries, mais aucune date n'a été arrêtée à ce jour. L'encombrement du rôle de La Haye a déjà retardé l'affaire, et certaines estimations évoquent fin 2026 voire 2027.
Les deux pays sont-ils tenus de respecter le verdict ?
Oui. Par l'accord spécial de 2008 et les référendums de 2018 et 2019, le Belize et le Guatemala se sont engagés à accepter un arrêt « définitif et sans appel » et à l'exécuter de bonne foi, conformément à la Charte des Nations unies.
Quel rôle joue l'Organisation des États américains ?
L'OEA est le médiateur historique du dossier depuis le début des années 2000. Elle a parrainé l'accord spécial de 2008, administre la zone d'adjacence le long de la frontière et continue de réunir les deux parties pour des mesures de confiance dans l'attente de l'arrêt.
Sources
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Belize Referendum Unit, « About the Dispute / Dispute FAQ », belizereferendum.gov.bz, consulté en 2026. https://www.belizereferendum.gov.bz/dispute/faq ↩ ↩2 ↩3 ↩4
-
The Young Diplomats, « Belize and Guatemala: The Weaponisation of Imperial Inheritance Claims in Latin America », theyoungdiplomats.com, consulté en 2026. https://www.theyoungdiplomats.com/post/belize-and-guatemala-the-weaponisation-of-imperial-inheritance-claims-in-latin-america ↩
-
Redacción, « Guatemala y Belice esperan para 2025 fallo de la CIJ sobre disputa territorial de más de dos siglos », Prensa Libre, 2024. https://www.prensalibre.com/guatemala/politica/guatemala-y-belice-esperan-para-2025-fallo-de-la-cij-sobre-disputa-territorial-de-mas-de-dos-siglos-breaking/ ↩
-
Sovereign Limits, « Belize–Guatemala Land Boundary », sovereignlimits.com, consulté en 2026. https://sovereignlimits.com/boundaries/belize-guatemala-land ↩
-
Cour internationale de justice, « The Court seised of a dispute between Guatemala and Belize », icj-cij.org, 2019. https://www.icj-cij.org/node/105813 ↩ ↩2
-
The San Pedro Sun, « ICJ allows Guatemala to enter Belize-Honduras Sapodilla Cayes dispute », sanpedrosun.com, 20 mars 2026. https://www.sanpedrosun.com/government/2026/03/20/icj-allows-guatemala-to-enter-belize-honduras-sapodilla-cayes-dispute/ ↩
-
American Society of International Law, « OAS Mediates in Belize-Guatemala Border Dispute », asil.org, consulté en 2026. https://www.asil.org/insights/volume/5/issue/20/oas-mediates-belize-guatemala-border-dispute ↩
-
Greater Belize Media, « Belize, Guatemala Hold High-Level Talks as ICJ Ruling Nears », greaterbelize.com, 2026. https://www.greaterbelize.com/belize-guatemala-hold-high-level-talks-as-icj-ruling-nears/ ↩ ↩2 ↩3
-
Organisation des États américains, « OAS Process — Belize and Guatemala », oas.org, consulté en 2026. http://www.oas.org/sap/peacefund/belizeandguatemala/content2.html ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
-
Jus Mundi, « Guatemala’s Territorial, Insular and Maritime Claim (Guatemala/Belize), Order (Fixing of time-limits: Memorial and Counter-Memorial), 18 June 2019 », jusmundi.com, 2019. https://jusmundi.com/en/document/other/en-guatemalas-territorial-insular-and-maritime-claim-guatemala-belize-order-fixing-of-time-limits-memorial-and-counter-memorial-tuesday-18th-june-2019 ↩
-
Cour internationale de justice, « Guatemala’s Territorial, Insular and Maritime Claim (Guatemala/Belize) — fiche de l’affaire n°177 », icj-cij.org, consulté en 2026. https://icj-cij.org/case/177 ↩
-
Government of Belize Press Office, « Belize Files Rejoinder at the ICJ (Guatemala/Belize Case) », pressoffice.gov.bz, 2023. https://www.pressoffice.gov.bz/belize-files-rejoinder-at-the-icj-guatemala-belize-case/ ↩
-
Love FM, « ICJ Hearing Delayed Due to Court Backlog, Says Fonseca », lovefm.com, consulté en 2026. https://lovefm.com/icj-hearing-delayed-due-to-court-backlog-says-fonseca/ ; « Belize-Guatemala ICJ Case Expected to Be Heard Later This Year », lovefm.com, consulté en 2026. https://lovefm.com/belize-guatemala-icj-case-expected-to-be-heard-later-this-year/ ↩ ↩2
-
Redacción, « Diferendo Guatemala-Belice: Sentencia se retrasa por unos dos años en corte internacional », Prensa Libre, consulté en 2026. https://www.prensalibre.com/guatemala/politica/diferendo-guatemala-belice-sentencia-se-retrasa-por-unos-dos-anos-en-corte-internacional/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
-
Amandala, « The Judgment awaits: Belize’s unassailable legal title before the ICJ », amandala.com.bz, consulté en 2026. https://amandala.com.bz/news/the-judgment-awaits-belizes-unassailable-legal-title-before-the-icj/ ↩
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