Le Honduras bascule à droite : Tegucigalpa rentre dans le rang de Washington
Élu fin 2025, le conservateur Nasry Asfura arrime le Honduras à Washington et rouvre la question de Taïwan. Retour sur un scrutin disputé et ses enjeux.

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Ces visuels constituent des créations imaginaires destinées à accompagner le contenu éditorial. Ils ne doivent pas être confondus avec des photographies, documents ou représentations authentiques de situations réelles.
À retenir
- Le conservateur Nasry Asfura a remporté la présidentielle hondurienne du 30 novembre 2025, devançant de moins d'un point le centriste Salvador Nasralla ; la candidate de la gauche au pouvoir, Rixi Moncada, est reléguée en troisième position.
- Le scrutin clôt le mandat de Xiomara Castro et inscrit le Honduras dans la bascule conservatrice qui a emporté l'Argentine, la Bolivie, le Chili et l'Équateur.
- Donald Trump a ouvertement soutenu Asfura et gracié l'ex-président Juan Orlando Hernández, condamné à 45 ans de prison pour narcotrafic.
- Le réalignement sur Washington rouvre la question de Taïwan, abandonné au profit de Pékin en 2023, et conforte la base américaine de Soto Cano.
- Migrations, envois de fonds et narcotrafic restent les vrais leviers de pression d'un pays dont l'économie dépend de l'argent de sa diaspora.
Pendant près d’un mois, le Honduras a vécu sans savoir qui le gouvernerait. Le 30 novembre 2025, les électeurs s’étaient pourtant déplacés en masse ; mais des pannes informatiques, des accusations de fraude et un dépouillement à couteaux tirés ont tenu le pays en haleine jusqu’à la veille de Noël. Le 24 décembre, le verdict tombe : Nasry « Tito » Asfura, conservateur du Parti national soutenu par Donald Trump, est déclaré président avec 40,3 % des voix, devançant de huit dixièmes de point le centriste Salvador Nasralla1. La candidate de la gauche au pouvoir, Rixi Moncada, est reléguée loin derrière. Le résultat réaligne le Honduras sur Washington.
Un scrutin sous tension et sous influence
Le dépouillement a été chaotique. Le décompte préliminaire est suspendu le 1er décembre, alors qu’Asfura et Nasralla sont au coude-à-coude. Quand il reprend, Nasralla passe en tête d’une poignée de bulletins, avant qu’Asfura ne reprenne l’avantage1. Le 4 décembre, un conseiller électoral, Marlon Ochoa, dénonce en conférence de presse un « plan de fraude électorale monumentale », vidéos à l’appui, accusant le système de transmission des résultats de transférer des voix d’un candidat à l’autre2. Faute de preuves, l’Organisation des États américains n’a pas validé ces accusations et a pressé le Conseil national électoral d’achever au plus vite son décompte2.
Washington a pesé sur ce scrutin. Quelques jours avant le vote, Donald Trump avait publiquement adoubé Asfura sur son réseau Truth Social et fustigé Moncada, qu’il qualifiait de « narcocommuniste »3. Le centre de recherche progressiste CEPR a parlé sans détour d’« ingérence américaine » au cœur d’un scrutin déjà miné par les défaillances techniques et la défiance4. Le geste le plus spectaculaire restait à venir : le 1er décembre, en plein décompte, Trump graciait l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, condamné en juin 2024 à quarante-cinq ans de prison pour avoir aidé à acheminer plus de quatre cents tonnes de cocaïne vers les États-Unis5. Pour les juristes honduriens, ce pardon adressé à une figure du Parti national d’Asfura fut, selon WOLA, « une gifle » au pays6.
Le Honduras dans le basculement régional à droite
L’élection ne se lit pas isolément. Elle s’inscrit dans un mouvement conservateur qui a reconfiguré l’Amérique latine en 2025. En Argentine, le libertarien Javier Milei a consolidé son pouvoir lors des élections de mi-mandat d’octobre ; en Bolivie, l’élection de Rodrigo Paz a clos près de vingt ans d’hégémonie du Mouvement vers le socialisme ; au Chili, le 14 décembre, le candidat de la droite dure José Antonio Kast l’a emporté avec 58,2 % des voix7. La revue Bloomberg a résumé la séquence d’une formule : l’Amérique latine « vire à droite »7. Selon la fondation Konrad-Adenauer, sur quinze démocraties latino-américaines passées en revue, six ont basculé de la gauche vers la droite depuis 2022 — l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Costa Rica, le Panama… et le Honduras7.
Cette poussée doit moins à une conversion idéologique qu’à une colère. Déficits, inflation, insécurité, corruption : les électeurs ont sanctionné les sortants et réclamé des réponses immédiates. Pour Tegucigalpa, le mandat de Xiomara Castro — première femme à diriger le pays, élue en 2021 — s’achève sur ce désaveu. La défaite de Moncada, sa dauphine, referme le cycle ouvert par la gauche de Libre. Le mouvement n’a rien d’isolé en Amérique centrale : il prolonge la recomposition que l’on observe jusque dans la crise entre Washington et Caracas, où le rapport de force régional se durcit.
Pékin, Taïwan et la révision des accords
Le dossier le plus scruté hors des frontières est diplomatique. En mars 2023, Castro avait rompu avec Taïwan — plus de quatre-vingts ans de relations — pour reconnaître Pékin, dans l’espoir de prêts et d’investissements massifs8. Le calcul s’est révélé décevant : barrage hydroélectrique et accord de libre-échange promis sont restés lettre morte, tandis que les exportations de crevettes vers Taïwan, jadis premier débouché du secteur, s’effondraient de 67 %, détruisant quelque 14 000 emplois9. Asfura, comme Nasralla, avait promis pendant la campagne de réexaminer ce virage, voire de renouer avec Taipei. Une fois élu, il a ordonné une révision des accords conclus avec la Chine10.
Côté chinois, le récit est inverse. Pour le Global Times, quotidien dont la ligne reflète celle de Pékin, ce sont les États-Unis qui « contraignent » le Honduras et en font « de la chair à canon » dans la question taïwanaise11. En décembre 2025, la diplomatie chinoise a balayé les revendications de Taipei comme une « diplomatie du dollar » incapable de « tromper l’opinion »11. Au-delà de la rhétorique, le réel pèse : en trois ans, la coopération sino-hondurienne s’est étendue aux télécommunications, à la sécurité publique et à l’énergie. S’en désengager aurait un coût concret. À la mi-2026, The Diplomat le constatait : malgré les promesses de campagne, aucun signe tangible de rapprochement avec Taïwan ne s’était matérialisé10. Le Honduras illustre ainsi, en miniature, l’empreinte croissante de Pékin en Amérique latine — et les limites de l’effet de levier que Washington peut y opposer, à l’image de l’équilibre que d’autres États tentent entre Chine et États-Unis.
Soto Cano, la cocaïne et l’argent des migrants
Le réalignement s’est scellé vite. Le 12 janvier 2026, Asfura rencontre le secrétaire d’État Marco Rubio, qui annonce un projet d’accord de libre-échange ; le 27, il prête serment pour quatre ans ; le 7 février, Trump le reçoit à Mar-a-Lago et vante un partenariat fondé sur des « valeurs America First » partagées, centré sur le commerce, l’investissement et la sécurité12. La pièce maîtresse de cette intimité retrouvée est militaire : la base de Soto Cano, dite Palmerola, où environ 1 500 soldats américains sont stationnés depuis 1982, l’une des plus grandes implantations des États-Unis en Amérique centrale13. Sous Castro, Tegucigalpa avait menacé de la fermer pour protester contre les expulsions de migrants ; avec Asfura, la question paraît classée.
Car l’essentiel se joue moins dans les symboles que dans trois flux qui lient intimement les deux pays. Le narcotrafic, d’abord, dont l’affaire Hernández rappelle qu’il remonte jusqu’au sommet de l’État. La migration, ensuite : plus de 55 000 Honduriens ont été expulsés des États-Unis depuis le retour de Trump en janvier 2025, même si le rythme des renvois a paradoxalement ralenti par rapport à l’année précédente14. Les envois de fonds, enfin : la diaspora a transféré 9,6 milliards de dollars en 2024, plus du quart du produit intérieur brut15. C’est ce dernier levier qui donne sa vraie mesure à la dépendance : un durcissement migratoire à Washington peut, en quelques trimestres, faire vaciller l’économie hondurienne — une asymétrie que l’on retrouve dans toute la région, jusque dans la diplomatie brésilienne face à la crise vénézuélienne ou dans les contre-jeux russes en Amérique latine.
Ce qu’il faudra surveiller
Asfura hérite d’un pays fracturé : une victoire à moins d’un point, un Parlement éclaté, une moitié de l’électorat convaincue d’avoir été flouée. Sa marge de manœuvre est mince, et son alignement sur Washington pourrait se payer cher si les expulsions s’accélèrent ou si la rupture avec Pékin pénalise davantage les exportateurs. Le signal à surveiller dans les mois qui viennent est précis : un rétablissement des relations avec Taïwan, ou un communiqué actant la révision des contrats chinois. Tant qu’il n’interviendra pas, le réalignement du Honduras restera ce qu’il est aujourd’hui : un basculement net dans les urnes, mais une diplomatie qui avance avec prudence entre Washington et Pékin.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Qui a gagné la présidentielle hondurienne de 2025 ?
Le conservateur Nasry « Tito » Asfura, du Parti national, soutenu par Donald Trump. Le Conseil national électoral l'a proclamé vainqueur le 24 décembre 2025 avec 40,3 % des voix, devant le centriste Salvador Nasralla (39,5 %). Il a pris ses fonctions le 27 janvier 2026.
Pourquoi le Honduras a-t-il rompu avec Taïwan ?
En mars 2023, la présidente Xiomara Castro a établi des relations avec Pékin et rompu avec Taipei, après plus de quatre-vingts ans de liens. La motivation était d'abord financière : Tegucigalpa, lourdement endettée, attendait de la Chine prêts et investissements qui, depuis, ne se sont pas matérialisés.
Qu'est-ce que la base de Soto Cano ?
Soto Cano, dite Palmerola, est l'une des plus grandes bases américaines d'Amérique centrale, dans le centre du Honduras. Environ 1 500 militaires américains y sont stationnés aux côtés de l'aviation hondurienne ; le commandement Sud des États-Unis y opère depuis 1982, pivot logistique régional.
Le Honduras va-t-il reconnaître de nouveau Taïwan ?
Asfura a ordonné un réexamen des accords passés avec la Chine et laissé entendre qu'un retour vers Taïwan était possible. Mais, à la mi-2026, aucun signe concret de rapprochement n'est apparu : un désengagement de Pékin, désormais présent dans les télécoms et l'énergie, aurait un coût technique et politique.
Sources
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Al Jazeera, « Trump-backed conservative Nasry Asfura wins Honduras election: Authorities », Al Jazeera, 24 décembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/12/24/trump-backed-conservative-nasry-asfura-wins-honduras-election-authorities ; CNN, « Trump-backed ex-mayor declared winner of Honduran presidential election », CNN, 24 décembre 2025. https://www.cnn.com/2025/12/24/americas/honduras-presidential-election-results-latam-intl ↩ ↩2
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Al Jazeera, « Honduran election authorities resume vote tallies amid allegations of fraud », Al Jazeera, 8 décembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/12/8/honduran-election-authorities-resume-vote-tallies-amid-allegations-of-fraud ; Al Jazeera, « Honduran military vows to ensure orderly post-election power transfer », Al Jazeera, 10 décembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/12/10/honduran-military-vows-to-ensure-orderly-post-election-power-transfer ↩ ↩2
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CNN, « Hondurans face elections under the shadow of Trump and fraud allegations », CNN, 28 novembre 2025. https://www.cnn.com/2025/11/28/americas/honduras-trump-election-candidates-latam-intl ↩
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CEPR, « Gridlock, US Interference, Technical Failures and an Incomplete Recount: An Assessment of Honduras’s 2025 Elections », Center for Economic and Policy Research, décembre 2025. https://cepr.net/publications/an-assessment-of-the-honduras-2025-elections/ ↩
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PBS NewsHour, « Former Honduras President Hernández freed from prison after Trump pardon », PBS, 1er décembre 2025. https://www.pbs.org/newshour/world/former-honduras-president-hernandez-freed-from-prison-after-trump-pardon ↩
-
WOLA, « Juan Orlando Hernández Pardon: Implications for U.S. Foreign Policy », Washington Office on Latin America, décembre 2025. https://www.wola.org/analysis/juan-orlando-hernandez-pardon-implications-for-u-s-foreign-policy/ ↩
-
GIS Reports, « Latin America continues its rightward shift », GIS Reports Online, 2025. https://www.gisreportsonline.com/r/latin-america-right/ ; Bloomberg Opinion, « Milei, Kast, Paz, Noboa: Latin America Is Swinging Right », Bloomberg, 31 décembre 2025. https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2025-12-31/milei-kast-paz-noboa-latin-america-is-swinging-right ; Konrad-Adenauer-Stiftung, « Latin America’s Party Landscape Shifts to the Right », International Reports (KAS), 2025. https://www.kas.de/en/web/auslandsinformationen/artikel/detail/-/content/latin-america-s-party-landscape-shifts-to-the-right ↩ ↩2 ↩3
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CNN, « Honduras establishes diplomatic ties with China, severs them with Taiwan », CNN, 25 mars 2023. https://www.cnn.com/2023/03/25/asia/honduras-cuts-diplomatic-ties-with-taiwan-intl-hnk/index.html ↩
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Foreign Policy Research Institute, « Honduras Ditches Taiwan for China », FPRI, octobre 2023. https://www.fpri.org/article/2023/10/honduras-ditches-taiwan-for-china/ ↩
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The Diplomat, « Where Is the China-Honduras Relationship Headed? », The Diplomat, avril 2026. https://thediplomat.com/2026/04/where-is-the-china-honduras-relationship-headed/ ↩ ↩2
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Global Times, « US coerces Honduras, makes it cannon fodder over Taiwan question », Global Times, novembre 2021. https://www.globaltimes.cn/page/202111/1239951.shtml ; Global Times, « Taiwan regional authorities’ abusive use of ‘dollar diplomacy’ can’t deceive public opinion: FM on DPP’s claim regarding Honduras », Global Times, décembre 2025. https://www.globaltimes.cn/page/202512/1350718.shtml ↩ ↩2
-
Al Jazeera, « Trump hosts Honduras’s new president Asfura at Mar-a-Lago in US », Al Jazeera, 8 février 2026. https://www.aljazeera.com/news/2026/2/8/trump-hosts-hondurass-new-president-asfura-at-mar-a-lago-in-us ↩
-
Newsweek, « Honduras Threatens US Military Bases Over Trump’s Mass Deportations », Newsweek, janvier 2025. https://www.newsweek.com/honduras-threatens-shut-down-us-military-bases-mass-deportations-2009110 ↩
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NPR, « Trump promised mass deportations. In Honduras, returns have slowed down instead », NPR, 27 juin 2025. https://www.npr.org/2025/06/27/nx-s1-5437942/trump-promised-mass-deportations-in-honduras-returns-have-slowed-down-instead ↩
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Bloomberg, « Trump Deportations: Why Remittances to Latin America Are Increasing », Bloomberg, 30 septembre 2025. https://www.bloomberg.com/news/features/2025-09-30/trump-deportations-why-remittances-to-latin-america-are-increasing ↩
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