L'axe trilatéral Iran-Chine-Russie : le pacte du 29 janvier 2026
Le 29 janvier 2026, Téhéran, Pékin et Moscou ont formalisé un accord stratégique trilatéral inédit, superposé à leurs pactes bilatéraux. Portée et limites d'une convergence révisionniste.

À retenir
- Le 29 janvier 2026, Téhéran, Pékin et Moscou ont signé un accord trilatéral inédit, premier cadre institutionnel commun superposé à leurs partenariats bilatéraux.
- Le pacte coordonne la résistance aux sanctions occidentales et accélère la construction de mécanismes financiers alternatifs au SWIFT.
- Sans clause de défense mutuelle, l'accord reste un alignement stratégique coordonné, non une alliance militaire contraignante.
- Le mémorandum nucléaire Iran-Russie de 25 milliards de dollars, signé en septembre 2025 et remis en avant en juin 2026, illustre la profondeur des coopérations sectorielles.
- Des divergences réelles persistent : Pékin privilégie la neutralité commerciale, Moscou s'engage plus avant, Téhéran peine à obtenir des garanties de sécurité fermes.
Le 29 janvier 2026, les drapeaux de trois puissances s’affichaient simultanément dans trois capitales : Téhéran, Pékin et Moscou paraphaient un accord stratégique trilatéral qui n’avait aucun précédent institutionnel. En quelques heures, une convergence qui se dessinait depuis des années prenait force de traité1. Pour Washington et ses alliés, le signal était sans ambiguïté : trois États que les sanctions et la pression diplomatique occidentales ont placés dos au mur venaient de formaliser leur front commun.
Un édifice en trois étages
Pour comprendre la portée du 29 janvier, il faut mesurer ce qui existait déjà. Téhéran et Moscou avaient signé le 17 janvier 2025 un Traité de partenariat stratégique global de vingt ans, ratifié par la Douma et entré en vigueur le 2 octobre 20252 — une alliance Iran-Russie déjà profonde avant même ce cadre trilatéral. Ce texte de 47 articles couvre les technologies avancées, la cybersécurité, le nucléaire civil, la coopération militaire et la lutte contre le terrorisme — sans clause de défense mutuelle, précision que le vice-ministre des affaires étrangères russe Andreï Roudenko avait tenu à rappeler devant la Douma en avril 2025. Du côté de Pékin, l’accord de partenariat stratégique Chine-Iran de vingt-cinq ans signé en 2021 prévoyait 400 milliards de dollars d’investissements chinois en échange d’un approvisionnement pétrolier garanti et à prix réduit3.
Le pacte du 29 janvier 2026 ne remplace pas ces architectures bilatérales : il les coiffe d’un cadre trilatéral, premier du genre, qui aligne les trois partenaires sur des priorités communes — souveraineté nucléaire, résistance aux sanctions et construction d’un ordre multipolaire4. Les cérémonies simultanées dans les trois capitales relevaient autant du signal politique que du droit international : il s’agissait de montrer une unité de façade au moment précis où l’administration américaine redéployait un groupe aéronaval en Méditerranée orientale.
La logique anti-SWIFT au cœur du dispositif
Le volet économique du pacte concentre l’essentiel de son contenu opérationnel. Depuis 2022, Moscou et Pékin multiplient les accords d’investissement bilatéraux conçus pour contourner le système SWIFT, utilisé comme levier de sanctions5. L’accord trilatéral accélère cette dynamique : il encourage les échanges en monnaies nationales, légitimise le recours aux systèmes de paiement alternatifs déjà expérimentés entre les deux partenaires, et promeut le corridor de transport international Nord-Sud reliant la Russie à l’Inde et à la Chine via l’Iran — dont le lancement commercial effectif était programmé pour 20266. Cette stratégie s’inscrit dans la politique plus large par laquelle l’Iran utilise ses ressources pétrolières et gazières comme levier politique.
Pour Téhéran, dont l’économie subit depuis des années le double effet des sanctions américaines et des turbulences internes, l’enjeu est vital. L’accord de vingt-cinq ans avec Pékin n’a tenu que partiellement ses promesses financières ; le partenariat bilatéral avec Moscou offre des débouchés pétroliers de substitution mais reste exposé aux contre-sanctions secondaires. Le cadre trilatéral vise à mutualiser les risques et à créer une masse critique suffisante pour décourager les tiers de respecter les listes noires occidentales.
Global Times, quotidien dont la ligne éditoriale reflète fidèlement les positions de Pékin, a salué l’accord comme une illustration du rejet collectif de ce que Pékin qualifie d’« hégémonie unilatérale »7. La même source souligne que Pékin a activement coordonné ses consultations avec Moscou et Téhéran sur le dossier nucléaire iranien, tout en insistant sur la voie « diplomatique et politique » comme seule issue viable.
Le mémorandum nucléaire de Hormoz : la profondeur d’une coopération
La coopération sectorielle la plus tangible de cet axe n’a pas attendu le pacte trilatéral : elle le précède. En septembre 2025, en marge de la « World Atom Week » à Moscou, Téhéran et Moscou avaient signé un mémorandum de coopération nucléaire de 25 milliards de dollars — le plus vaste jamais conclu entre les deux pays selon l’ambassadeur iranien à Moscou, Kazem Jalali8. Le texte porte sur deux chantiers : la construction de la centrale nucléaire de Hormoz, conduite par le « secteur privé » iranien en partenariat avec Rosatom, et l’extension de la centrale de Bouchehr (deuxième et troisième tranches déjà en cours). Des coopérations sur les petits réacteurs modulaires et la production de radio-pharmaceutiques complètent le tableau.
Si l’accord remonte à 2025, sa mise en avant par Téhéran le 4 juin 2026 — lors d’une conférence à Moscou consacrée à la coopération russo-iranienne9 — n’a, elle, rien de fortuit : elle intervient en pleine négociation américano-iranienne sur le nucléaire. Pour Téhéran, il s’agit de démontrer que son programme civil peut avancer indépendamment d’un accord avec Washington — un levier de négociation autant qu’une nécessité économique. Pour Moscou, Rosatom sécurise un marché colossal dans un contexte d’ostracisme financier occidental10. L’agence d’État russe TASS, fidèle à la ligne du Kremlin, présentait l’accord comme une illustration du « partenariat équitable » entre les deux pays, sans mentionner les tensions parallèles sur d’autres dossiers régionaux.
Une alliance de circonstance aux failles profondes
La force rhétorique du 29 janvier ne doit pas masquer les fractures internes de ce triangle. Plusieurs analystes, dont le Washington Institute for Near East Policy, ont mis en lumière les limites structurelles de ce que l’on a appelé le « pivot vers l’Est » iranien11. L’accord Iran-Chine reste d’un niveau inférieur aux « partenariats tous temps » que Pékin réserve à ses alliés les plus proches ; Moscou n’a pas accordé à Téhéran le statut de partenaire de « premier rang » qu’elle reconnaît à la Biélorussie ou à l’Inde. Ces asymétries rappellent que l’approche pragmatique de l’Iran en matière d’alliances régionales procède toujours d’un calcul d’intérêts circonstanciel, non d’une solidarité idéologique. Surtout, en situation de crise aiguë, ni l’une ni l’autre des deux grandes puissances n’a offert à Téhéran de soutien militaire direct et assumé.
La démonstration en a été faite : face aux pressions de Washington, Pékin a maintenu une posture de « neutralité commerciale », soucieuse de ne pas compromettre ses relations avec les monarchies du Golfe ni de provoquer des représailles américaines sur ses exportations. Le Center for Naval Analyses (CNA), institution de recherche indépendante américaine, observait en mars 2026 que la guerre d’attrition diplomatique autour de l’Iran avait mis à l’épreuve la solidité de ce que Pékin et Moscou avaient baptisé leur « partenariat sans limites »12. Les résultats, sobres, illustrent une réalité : l’axe trilatéral est plus une alliance de résistance défensive qu’un bloc offensif cohérent.
Ce que le signal du 29 janvier change vraiment
Malgré ses limites, le pacte trilatéral constitue une rupture institutionnelle dont les effets se feront sentir sur le long terme. Pour la première fois, trois membres permanents ou quasi-permanents de l’enceinte onusienne — la Russie et la Chine étant membres du Conseil de sécurité, l’Iran étant de facto acteur de veto régional — coordonnent formellement leurs positions sur le nucléaire, les sanctions et l’architecture financière mondiale. Leurs blocages répétés au Conseil de sécurité sur les tentatives occidentales de réactiver les sanctions « snapback » du plan d’action global commun (PAGC) de 2015 en sont l’expression concrète13.
Le corridor Nord-Sud, le mémorandum de Hormoz, les systèmes de paiement en roubles et en yuans : autant de briques d’une infrastructure alternative que l’axe construit patiemment, hors de portée des leviers financiers américains14. L’horizon de ce chantier dépasse le mandat de n’importe quelle administration. Pour les chancelleries occidentales, la vraie question n’est plus de savoir si cet axe est solide — il ne l’est qu’à moitié — mais de mesurer à quelle vitesse il peut rendre l’impact des sanctions internationales sur l’économie iranienne structurellement moins sévère. Le 29 janvier 2026 marque moins la naissance d’une alliance que le début d’une désoccidentalisation méthodique des règles du jeu international15.
Pour aller plus loin
- Iran's Failing Eastward Pivot? The Limits and Risks of Russia-China Alignment
- Iran, China and Russia sign trilateral strategic pact
- War in Iran Tests the Limits of the 'No-Limits Partnership' Between China and Russia
- Strategic Transactionalism: The Iran-Russia Partnership
- Iran and Russia sign $25bn nuclear plant deal
Questions fréquentes
Qu'a signé le 29 janvier 2026 ?
Téhéran, Pékin et Moscou ont formalisé un accord stratégique trilatéral lors de cérémonies simultanées dans les trois capitales. Ce cadre inédit vient se superposer aux partenariats bilatéraux préexistants — accord Iran-Chine de 25 ans et partenariat Iran-Russie de 20 ans — sans constituer une alliance militaire contraignante.
Le pacte trilatéral est-il une alliance militaire ?
Non. Le texte ne contient pas de clause de défense mutuelle comparable à l'article 5 de l'OTAN. Il coordonne des positions diplomatiques, des mécanismes économiques alternatifs et une coopération militaro-technique, mais n'oblige aucune partie à intervenir militairement pour défendre une autre en cas d'attaque.
Que prévoit le mémorandum nucléaire Iran-Russie de 25 milliards de dollars ?
Signé en septembre 2025 et remis en avant par Téhéran le 4 juin 2026, ce mémorandum de 25 milliards de dollars porte sur la construction de la centrale nucléaire de Hormoz par Rosatom et l'extension de la centrale de Bouchehr. Il constitue le plus grand projet de coopération nucléaire jamais engagé entre les deux pays.
Quelles sont les limites internes de cet axe trilatéral ?
Pékin maintient une posture commerciale prudente et entretient des relations étroites avec les monarchies du Golfe ; Moscou, plus engagée, reste dissuadée par les risques de représailles américaines ; Téhéran n'a pas obtenu de garanties de sécurité fermes. En situation de crise, ni l'une ni l'autre n'a offert un soutien militaire direct à l'Iran.
Comment cet axe cherche-t-il à contourner les sanctions occidentales ?
Le pacte accélère le développement de mécanismes financiers alternatifs au système SWIFT, encourage les échanges en monnaies nationales et consolide des corridors commerciaux régionaux — notamment le corridor Nord-Sud reliant la Russie à l'Inde et à la Chine via l'Iran — pour réduire la dépendance aux infrastructures financières occidentales.
Sources
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Middle East Monitor, « Iran, China and Russia sign trilateral strategic pact », Middle East Monitor, 29 janvier 2026. https://www.middleeastmonitor.com/20260129-iran-china-and-russia-sign-trilateral-strategic-pact/ ↩
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TASS, « Russia-Iran partnership treaty comes into effect — MFA », TASS, 2 octobre 2025. https://tass.com/politics/2023987 — TASS est l’agence d’État russe, dont les articles reflètent la position officielle du Kremlin. ↩
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US-China Economic and Security Review Commission, « China-Iran Fact Sheet: A Short Primer on the Relationship », USCC, mars 2026. https://www.uscc.gov/sites/default/files/2026-03/China-Iran_Fact_Sheet_A_Short_Primer_on_the_Relationship.pdf ↩
-
GV Wire, « Iran, China and Russia Sign Strategic Pact, Deepening Alignment Against Western Pressure », GV Wire, 2 février 2026. https://gvwire.com/2026/02/02/iran-china-and-russia-sign-strategic-pact-deepening-alignment-against-western-pressure/ ↩
-
Caspian Post, « China, Russia, and Iran Forge Agreement as US-Iran Tensions Intensify », Caspianpost.com, 2026. https://caspianpost.com/iran/china-russia-and-iran-forge-agreement-as-us-iran-tensions-intensify ↩
-
TASS, « Launch of transportation from Russia to India, China via Iran scheduled for 2026 », TASS, 2025. https://tass.com/economy/2047771 ↩
-
Global Times, « Iran reportedly briefs China, Russia on US nuclear talks », Global Times, février 2026. https://www.globaltimes.cn/page/202602/1355085.shtml — Global Times est un quotidien dont la ligne éditoriale reflète fidèlement les positions officielles de Pékin. ↩
-
Al Jazeera, « Iran and Russia sign $25bn nuclear plant deal », Al Jazeera, 26 septembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/9/26/iran-and-russia-sign-25bn-nuclear-plant-deal — accord de 25 milliards de dollars (centrale de Hormoz, quatre tranches à Sirik, Hormozgan) signé en marge de la « World Atom Week » à Moscou ; il a été remis en avant lors de la conférence du 4 juin 2026. ↩
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Algemeiner, « Iran, Russia Sign $25 Billion Nuclear Cooperation Deal as Tehran Presses Ahead Amid US Talks », Algemeiner, 4 juin 2026. https://www.algemeiner.com/2026/06/04/iran-russia-sign-25-billion-nuclear-cooperation-deal-tehran-presses-ahead-amid-us-talks/ ↩
-
Newsweek, « Putin’s $25 Billion Nuclear Deal With Iran », Newsweek, juin 2026. https://www.newsweek.com/putins-25-billion-nuclear-deal-with-iran-10789037 ↩
-
The Washington Institute for Near East Policy, « Iran’s Failing Eastward Pivot? The Limits and Risks of Russia-China Alignment », Washington Institute, 2026. https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/irans-failing-eastward-pivot-limits-and-risks-russia-china-alignment ↩
-
CNA, « War in Iran Tests the Limits of the “No-Limits Partnership” Between China and Russia », Center for Naval Analyses, mars 2026. https://www.cna.org/our-media/indepth/2026/03/war-in-iran-tests-the-china-russia-partnership ↩
-
TASS, « China, Russia, Iran agree to boost coordination within international organizations », TASS, 2025. https://tass.com/world/1928037 ↩
-
Special Eurasia, « How Russian and China Tech Underpins Iranian Strategic Depth », Special Eurasia, mars 2026. https://www.specialeurasia.com/2026/03/01/russia-china-iran-tech-military/ ↩
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The Washington Institute for Near East Policy, « The Big Mistake the West Is Making About Russia, China, and Iran », Washington Institute, 2026. https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/big-mistake-west-making-about-russia-china-and-iran ↩
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