Le charbon mongol : record de tonnes, effondrement des recettes
En 2025, la Mongolie a battu son record de charbon exporté tout en perdant un tiers de ses recettes. Anatomie d'un modèle minier à bout de souffle.

Les images illustrant nos articles et analyses sont générées à l'aide d'un outil d'intelligence artificielle. Elles sont fournies à titre purement illustratif et ne reflètent pas nécessairement la réalité des faits, des lieux, des personnes ou des objets évoqués.
Ces visuels constituent des créations imaginaires destinées à accompagner le contenu éditorial. Ils ne doivent pas être confondus avec des photographies, documents ou représentations authentiques de situations réelles.
À retenir
- En 2025, la Mongolie a expédié un record d'environ 90 millions de tonnes de charbon, mais la valeur de ces exportations a chuté d'un tiers.
- L'effondrement des prix et le ralentissement de la sidérurgie chinoise ont ramené le déficit budgétaire et forcé une cure d'austérité.
- Le cuivre d'Oyu Tolgoi et un rebond agricole amortissent le choc, sans corriger la dépendance à un acheteur unique.
- Premier exportateur de charbon, le pays doit pourtant importer plus de 20 % de son électricité et subit des coupures l'hiver.
- L'enclavement entre Chine et Russie et la doctrine du « troisième voisin » fixent les marges de manœuvre de Oulan-Bator.
Quatre-vingt-dix millions de tonnes de charbon ont franchi la frontière sud de la Mongolie en 2025 : un record absolu, 106 % de l’objectif fixé par le gouvernement. Pourtant, jamais le pays n’a si peu gagné à en vendre autant. La valeur de ces exportations a fondu d’un tiers. Oulan-Bator a couru plus vite pour rester sur place — et la course commence à fatiguer.
Un record qui rapporte un tiers de moins
Les chiffres disent le paradoxe mieux qu’un long discours. En 2025, la Mongolie a expédié environ 90 millions de tonnes de charbon, contre 83,8 millions l’année précédente, soit une hausse de plus de 7 %1. Mais la facture encaissée a chuté : la valeur des exportations de charbon et de lignite est revenue à 5,77 milliards de dollars, en recul de 33,7 % sur un an2. Le prix moyen explique tout : 64,09 dollars la tonne en 2025, soit une baisse de 38 %3.
L’origine du décrochage se trouve de l’autre côté de la frontière. Le ralentissement de la sidérurgie et de l’industrie chinoises a gonflé les stocks et déprimé les cours à la frontière dès le premier semestre4. Le charbon mongol est très majoritairement du charbon à coke, destiné aux hauts-fourneaux : quand la Chine produit moins d’acier, c’est tout le carnet de commandes de Oulan-Bator qui se contracte. La hausse des volumes n’a pas compensé la chute des prix ; elle l’a même aggravée, en alimentant l’engorgement.
Cette mécanique tient à une dépendance d’une rare intensité : la quasi-totalité du charbon mongol part vers la Chine, souvent l’unique destinataire mois après mois. Le débouché est donc aussi un goulet — un seul acheteur, une seule frontière, un même cycle sidérurgique. Conscient du risque, le gouvernement a fixé pour 2026 un objectif d’exportation en retrait, autour de 90 millions de tonnes, soit moins que le record réalisé en 2025, en invoquant explicitement le tassement de la demande métallurgique chinoise2. Produire moins pour ne pas brader davantage : l’aveu vaut diagnostic. Quand le prix se fait à Pékin, le volume cesse d’être un levier souverain.
La fin tranquille d’un modèle de rente
Pendant deux ans, le charbon avait porté à bout de bras une croissance mongole spectaculaire. En 2025, le moteur a calé. La fiscalité s’en est immédiatement ressentie : le solde budgétaire structurel a affiché un déficit d’environ 1 200 milliards de tugriks, estimé à 1,5 % du PIB ; les exportations de charbon ont reculé de 34,6 % en valeur sur l’année5. Les recettes minières assises sur la houille, longtemps présentées comme le socle du pays, se sont révélées d’une volatilité brutale.
Le gouvernement a réagi par l’austérité. À la mi-2025, il a révisé son budget pour réduire la dépense publique de deux points de PIB : baisse de 9 % du nombre de fonctionnaires entre 2025 et 2026, investissements reportés ou rabotés, coupes dans les dépenses courantes5. Le pays a parallèlement adopté de nouvelles règles budgétaires — déficit structurel plafonné à 2 % du PIB, dette publique à 60 % — pour discipliner une économie qui avait pris l’habitude de dépenser au rythme du charbon6. La Banque asiatique de développement a sanctionné le tournant : sa prévision de croissance pour 2025 est tombée à 5,7 %, contre 6,6 % en avril7. La leçon de gouvernance des ressources, que des pays comme le Kazakhstan connaissent bien, se répète : une rente minière non lissée transmet à l’État toute la nervosité des marchés mondiaux.
Le cuivre rouge et le mouton, deux amortisseurs
Tout n’a pas viré au rouge. Deux secteurs ont absorbé une partie du choc. Le premier est le cuivre. La mine géante d’Oyu Tolgoi, dans le Gobi, monte en puissance : sa production de concentré a bondi de 37,3 % sur les neuf premiers mois de 2025, tandis que les exportations de minerai de cuivre progressaient de 76 % et celles d’or de 38 %, portées par des cours mondiaux élevés8. Le second amortisseur est l’agriculture : après deux hivers de dzud — ces froids extrêmes qui déciment les troupeaux —, le cheptel s’est reconstitué et le rebond rural a soutenu l’activité au premier semestre9.
Oulan-Bator mise désormais sur le cuivre pour réécrire son modèle, jusqu’à projeter un fonds souverain inspiré du Chili pour lisser les recettes et financer logement, santé et éducation10. Mais la diversification a ses limites. Le cuivre reste un minerai vendu au même voisin du sud ; il déplace la dépendance plutôt qu’il ne la supprime. Et la mine elle-même est un terrain de friction : le 26 décembre 2025, le Grand Khoural a adopté à une large majorité (69 voix, soit 81,2 %) une résolution exigeant des changements pour protéger les intérêts nationaux face à Rio Tinto, l’opérateur anglo-australien qui contrôle le site11.
Premier vendeur de charbon, importateur de courant
Voici l’ironie la plus parlante du modèle mongol. Le pays est l’un des premiers exportateurs mondiaux de charbon — et il n’arrive pas à s’éclairer l’hiver. Plus de 20 % de sa consommation d’électricité est importée de Russie et de Chine12. La capitale, la plus froide du monde, connaît des coupures en cascade quand le thermomètre plonge sous les −40 °C.
L’explication tient à l’infrastructure. La Mongolie exporte sa houille brute mais brûle la sienne dans des centrales construites entre les années 1960 et 1980, exploitées bien au-delà de leur durée de vie, pendant que la demande de chaleur et d’électricité a doublé en dix ans13. Le charbon assure encore environ 86 % de la production électrique nationale ; le renouvelable reste marginal, malgré un objectif de 30 % de capacité solaire d’ici 203014. Cette faille énergétique n’est pas qu’un inconfort hivernal : les coupures freinent l’industrie et grèvent la productivité au moment précis où le pays a besoin de créer de la valeur ailleurs que dans le minerai brut.
Desserrer l’étau de la géographie
La contrainte de fond est cartographique. Enclavée entre deux géants, sans accès maritime, la Mongolie ne peut vendre son charbon, son cuivre ni acheter son électricité qu’en transitant par la Chine ou la Russie. Sa marge de manœuvre tient dans une formule : la doctrine du « troisième voisin », qui consiste à cultiver des partenaires lointains — États-Unis, Japon, Corée du Sud, Union européenne — pour équilibrer la double tutelle. Appliquée à l’énergie, elle vise des financements et des technologies extérieurs pour réformer un secteur électrique sous tension15.
L’exercice ressemble à celui que mènent les républiques d’Asie centrale, prises elles aussi entre l’influence chinoise et le poids russe — la même quête d’oxygène pour des pays que la géographie a placés au carrefour de plus puissants qu’eux. Le signal à surveiller en 2026 n’est pas le tonnage exporté, qui restera élevé : c’est la trajectoire des prix chinois et la capacité de Oulan-Bator à transformer le sursis du cuivre en réforme énergétique. Tant que le budget mongol se lira dans le carnet de commandes des aciéries du sud, le pays restera otage d’un cycle qu’il ne fixe pas.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Pourquoi les recettes du charbon mongol ont-elles chuté malgré un record d'exportations ?
Parce que le prix s'est effondré. En 2025, la tonne est tombée à 64 dollars, en recul de 38 %, sous l'effet du ralentissement sidérurgique chinois et de stocks pléthoriques à la frontière. Le volume a donc grimpé pendant que la valeur reculait d'un tiers.
La Mongolie dépend-elle d'un seul acheteur pour son charbon ?
Presque entièrement de la Chine, son unique débouché frontalier de masse. Enclavée entre Pékin et Moscou, Oulan-Bator n'a aucun accès maritime direct : tout transit par un voisin. Cette dépendance fait du carnet de commandes chinois le véritable budget mongol.
Le cuivre peut-il remplacer le charbon dans l'économie mongole ?
Il en amortit le déclin. La production de cuivre d'Oyu Tolgoi a bondi de 37 % en 2025 et les recettes d'exportation ont fortement progressé. Mais le cuivre reste un minerai vendu au même voisin, ce qui déplace la dépendance plutôt qu'il ne la supprime.
Pourquoi un grand exportateur de charbon manque-t-il d'électricité ?
La Mongolie exporte sa houille brute mais ses centrales, construites entre les années 1960 et 1980, sont vétustes. La demande de chaleur et d'électricité a doublé en dix ans. Résultat : plus de 20 % du courant est importé et la capitale subit des coupures par grand froid.
Qu'est-ce que la doctrine du « troisième voisin » ?
C'est la stratégie mongole consistant à cultiver des partenaires lointains — États-Unis, Japon, Corée du Sud, Union européenne — pour équilibrer la double tutelle de la Chine et de la Russie. Appliquée à l'énergie et aux mines, elle vise à diluer une dépendance géographique difficilement contournable.
Sources
-
« Mongolia 2025 coal exports smash new high », Sxcoal, janvier 2026. https://www.sxcoal.com/en/news/detail/2010896390987902977 ↩
-
« Mongolia’s 2025 coal exports top annual target, set new record high », Mysteel, janvier 2026. https://www.mysteel.net/news/5109865-mongolias-2025-coal-exports-top-annual-target-set-new-record-high ↩ ↩2
-
« Mongolia’s 2025 coal exports hit a record 90 million tonnes », Mysteel Global (X), janvier 2026. https://x.com/MysteelGlobal/status/2011022915777515628 ↩
-
« Mongolia’s coal exports decline in H1 2025 as Chinese demand softens », Sxcoal, juillet 2025. https://www.sxcoal.com/en/news/detail/1943237513485828097 ↩
-
« Mining drives Mongolia’s economy as reform momentum builds », East Asia Forum, 24 février 2026. https://eastasiaforum.org/2026/02/24/mining-drives-mongolias-economy-as-reform-momentum-builds/ ↩ ↩2
-
« Mongolia: A gradual macroeconomic improvement drives an upgrade in the MLT political risk », Credendo, 2026. https://credendo.com/en/knowledge-hub/mongolia-gradual-macroeconomic-improvement-drives-upgrade-mlt-political-risk-67 ↩
-
« Mongolia’s Economic Growth is Sustained, Despite Global Uncertainties », Asian Development Bank, 2025. https://www.adb.org/news/mongolia-economic-growth-sustained-despite-global-uncertainties ↩
-
« Mining drives Mongolia’s economy as reform momentum builds », East Asia Forum, 24 février 2026. https://eastasiaforum.org/2026/02/24/mining-drives-mongolias-economy-as-reform-momentum-builds/ ↩
-
« World Bank: Mining and Agricultural Recovery Drive Mongolia’s Economic Growth », World Bank, 23 mai 2025. https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2025/05/23/world-bank-mining-and-agricultural-recovery-drive-mongolia-s-economic-growth ↩
-
« Mongolia looks to copper to transform stagnant economy », ABC News, 2023. https://abcnews.go.com/Business/wireStory/mongolia-copper-transform-stagnant-economy-97844867 ↩
-
« Oyu Tolgoi: Mongolia’s High-Stakes Clash With Rio Tinto », The Diplomat, février 2026. https://thediplomat.com/2026/02/oyu-tolgoi-mongolias-high-stakes-clash-with-rio-tinto/ ↩
-
« Mongolia’s Continuing Quest for Energy Security », The Diplomat, août 2025. https://thediplomat.com/2025/08/mongolias-continuing-quest-for-energy-security/ ↩
-
« Freezing winter and old power plants: A Mongolian reality », GIS Reports, 2025. https://www.gisreportsonline.com/r/mongolia-coal-power-plants/ ↩
-
« World’s Coldest Capital Endures Electricity Interruptions as Mongolia Tackles Energy Insecurity », The Diplomat, décembre 2024. https://thediplomat.com/2024/12/worlds-coldest-capital-endures-electricity-interruptions-as-mongolia-tackles-energy-insecurity/ ↩
-
« Mongolia looks to third neighbours for energy reform », East Asia Forum, 15 mars 2025. https://eastasiaforum.org/2025/03/15/mongolia-looks-to-third-neighbours-for-energy-reform/ ↩
Recevez nos analyses chaque mercredi.
Une synthèse hebdomadaire des dynamiques géopolitiques, technologiques et de défense.


